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    Littérature
    publié le 23/06/2009

    5,40 €

    Flaubert, "Madame Bovary", Partie II, Chapitre 12 : les rêves d'Emma et de Charles

    Document de 5 pages au format PDF

    RÉSUMÉ

    Commentaire littéraire détaillé d'un extrait du chapitre 12 de la deuxième partie de Madame Bovary (1857) de Flaubert, de « Quand il rentrait au milieu de la nuit... » jusqu'à « ... les auvents de la pharmacie. ». Il s'agit d'étudier les rêveries, réalistes, de Charles et celles, romantiques, d'Emma.

    EXTRAIT

    Le chapitre 12 de la deuxième partie du roman Madame Bovary se situe juste après l'épisode du pied-bot qui s'est soldé par la suprême humiliation de Charles Bovary. Emma se détache alors définitivement de Charles et revient, brûlante, dans les bras de son amant, Rodolphe. Elle multiplie les dépenses, se ruine en soins de beauté et en robes et, pour le couvrir de cadeaux, va même jusqu'à voler de l'argent à son mari. Exaspérée par sa belle-mère, Emma supplie son amant de l'enlever. En attendant, la jeune femme calme son impatience et berce son ennui en rêvant tout éveillée dans le lit conjugal (...)

    PLAN

    Introduction

    I) Un dyptique contrasté : la rêverie réaliste de Charles et la rêverie romantique d'Emma

    A. La présentation successive de deux rêves éveillés différents
    B. Le rêve réaliste de Charles
    C. Le rêve romanesque et romantique d'Emma

    II) L'ironie de Flaubert à l'endroit des deux rêves

    A. La ridiculisation du rêve de Charles
    B. La ridiculisation du rêve d'Emma

    III) Une satire des aspirations de Charles comme de celles d'Emma

    A. Un passage emblématique de l'impartialité de Flaubert : ni Emma ni Charles
    B. Deux visages différents d'une même médiocrité bourgeoise
    C. Une mise en évidence de la solitude irréductible des deux personnages

    Conclusion

    AUTRES

    Texte étudié:

    "Quand il rentrait au milieu de la nuit, il n'osait pas la réveiller. La veilleuse de porcelaine arrondissait au plafond une clarté tremblante, et les rideaux fermés du petit berceau faisaient comme une hutte blanche qui se bombait dans l'ombre, au bord du lit. Charles les regardait. Il croyait entendre l'haleine légère de son enfant. Elle allait grandir maintenant ; chaque saison, vite, amènerait un progrès. Il la voyait déjà revenant de l'école à la tombée du jour, toute rieuse, avec sa brassière tachée d'encre, et portant au bras son panier ; puis il faudrait la mettre en pension, cela coûterait beaucoup ; comment faire ? Alors il réfléchissait. Il pensait à louer une petite ferme aux environs, et qu'il surveillerait luimême, tous les matins, en allant voir ses malades. Il en économiserait le revenu, il le placerait à la caisse d'épargne ; ensuite il achèterait des actions, quelque part, n'importe où ; d'ailleurs, la clientèle augmenterait ; il y comptait, car il voulait que Berthe fût bien élevée, qu'elle eût des talents, qu'elle apprît le piano. Ah ! qu'elle serait jolie, plus tard, à quinze ans, quand, ressemblant à sa mère, elle porterait comme elle, dans l'été, de grands chapeaux de paille ! on les prendrait de loin pour les deux soeurs. Il se la figurait travaillant le soir auprès d'eux, sous la lumière de la lampe ; elle lui broderait des pantoufles ; elle s'occuperait du ménage ; elle emplirait toute la maison de sa gentillesse et de sa gaieté. Enfin, ils songeraient à son établissement : on lui trouverait quelque brave garçon ayant un état solide ; il la rendrait heureuse ; cela durerait toujours.
    Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d'être endormie ; et, tandis qu'il s'assoupissait à ses côtés, elle se réveillait en d'autres rêves.
    Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d'où ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d'une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigogne. On marchait au pas, à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner des cloches, hennir les mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s'envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramide au pied des statues pâles, qui souriaient sous les jets d'eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C'est là qu'ils s'arrêteraient pour vivre ; ils habiteraient une maison basse, à toit plat, ombragée d'un palmier, au fond d'un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu'ils contempleraient. Cependant, sur l'immensité de cet avenir qu'elle se faisait apparaître, rien de particulier ne surgissait ; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme des flots ; et cela se balançait à l'horizon, infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais l'enfant se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne s'endormait que le matin, quand l'aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin, sur la place, ouvrait les auvents de la pharmacie."

    Gustave Flaubert, Madame Bovary, Partie II, Chapitre 12

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    Littérature publié le 23/06/2009

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