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    Littérature
    publié le 07/05/2009

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    Patrick Süskind, "Le Parfum", Partie I, chapitre VIII : commentaire d'un extrait

    Document de 4 pages au format WORD

    RÉSUMÉ

    Le Parfum, premier roman de Patrick Süskind, publié en 1985 à Zurich sous le titre Das Parfum, Die Geschichte eines Mörders, a remporté un succès mondial. Roman d'aventures, conte philosophique, cette oeuvre doit son originalité à l'importance des odeurs.

    PLAN

    Introduction

    I) La découverte du parfum

    A. L'esthétique du plaisir
    B. L'impossibilité de saisir son essence par le langage
    C. Le procédé de la distillation

    II) L'envoûtement

    A. La poursuite
    B. L'excitation et le désarroi
    C. Le désir d'identifier l'odeur

    Conclusion

    AUTRES

    Le 1er septembre 1753, anniversaire de l'accession au trône de Louis XV, Grenouille assiste à un feu d'artifice tiré depuis le pont royal. Il est irrésistiblement attiré par un parfum délicieux inconnu jusqu'alors. Il suit ce magnifique parfum à la trace. Celui-ci le conduit à travers des ruelles de Paris jusque dans la rue des Marais. Comment se manifeste le pouvoir du parfum ? Dans une lecture méthodique nous considérerons l'esthétique du plaisir ; nous étudierons également l'envoûtement du héros (...)

    Texte étudié:

    "Il s'apprêtait déjà à tourner le dos à cet ennuyeux spectacle, pour rentrer en suivant la galerie du Louvre, lorsque le vent lui apporta quelque chose : quelque chose de minuscule, d'à peine perceptible, une miette infime, un atome d'odeur et même moins encore, plutôt le pressentiment d'un parfum, qu'un parfum réel, et pourtant en même temps le pressentiment infaillible de quelque chose qu'il n'avait jamais senti. Il se recula contre le mur, ferma les yeux et dilata ses narines. Le parfum était d'une délicatesse et d'une subtilité tellement exquises qu'il ne pouvait le saisir durablement, sans cesse le parfum se dérobait à sa perception, était recouvert par les vapeurs de poudre des pétards, bloqué par les transpirations de cette masse humaine, mis en miettes et réduits à rien par les mille autres odeurs de la ville. Mais soudain il était de nouveau là, ce n'était qu'une bribe ténue, sensible durant une brève seconde tout au plus, magnifique avant-goût... qui aussitôt disparaissait à nouveau. Grenouille était à la torture. Pour la première fois ce n'était pas seulement l'avidité de son caractère qui était blessé, c'était effectivement son coeur qui souffrait. Il avait l'étrange prescience que ce parfum était la clé de l'ordre régissant tous les autres parfums et qu'on ne comprenait rien au parfum si l'on ne comprenait pas celui-là ; et lui, Grenouille, allait gâcher sa vie, s'il ne parvenait pas à le posséder. Il fallait qu'il l'ait, non pour le simple plaisir de posséder, mais pour assurer la tranquillité de son coeur.
    Il se trouva presque mal à force d'excitation. Il n'arrivait même pas à savoir de quelle direction venait ce parfum. Parfois il y avait des minutes d'intervalle jusqu'à ce que le vent lui en apportât de nouveau une bribe, et à chaque fois il était pris d'une angoisse atroce à l'idée qu'il l'avait perdu à jamais. Pour finir, il se consola en se persuadant désespérément que le parfum venait de l'autre rive du fleuve, de quelque part vers le sud-est.
    Il se détacha du mur du pavillon de Flore, plongea dans la foule humaine et se fraya un chemin sur le pont. Dès qu'il avait fait quelques pas, il s'arrêtait, se haussait sur la pointe des pieds pour renifler par-dessus la tête des gens, commençait par ne rien sentir tant il était nerveux, puis finissait par sentir tout de même quelque chose, il ressaisissait le parfum à force de renifler, le trouvait même plus fort qu'avant et se savait sur la bonne piste, replongeait et recommençait à jouer des coudes dans la cohue des badauds et des artificiers qui à chaque instant tendaient leurs torches vers les mèches des fusées, reperdait son parfum dans l'âcre fumée de la poudre, était saisi de panique, continuait à se cogner et à se débattre et à frayer sa voie, et atteignit après d'interminables minutes l'autre rive, l'hôtel de Mailly, le quai Malaquais et le débouché de la rue de la Seine...
    Là il s'arrêta, reprit ses esprits et flaira. Il l'avait. Il le tenait. Comme un ruban le parfum s'étirait le long de la rue de Seine, net et impossible à confondre, mais toujours aussi délicat et aussi subtil. Grenouille sentit son coeur cogner dans sa poitrine et il sut que ce n'était pas l'effort d'avoir couru, mais l'excitation et le désarroi que lui causait la présence de ce parfum. Il tenta de se rappeler quelque chose de comparable et ne put que récuser toute comparaison. Ce parfum avait de la fraîcheur; mais pas la fraîcheur des limettes ou des oranges, pas la fraîcheur de la myrrhe ou de la feuille de cannelle ou de la menthe crépue ou des bouleaux ou du camphre ou des aiguilles de pin, ni celle d'une pluie de mai, d'un vent de gel ou d'une eau de source... et il avait en même temps de la chaleur ; mais pas comme la bergamote le cyprès ou le musc, pas comme le jasmin ou le narcisse, pas comme le bois de rose et pas comme l'iris... Ce parfum était un mélange des deux, de ce qui passe et de ce qui pèse; pas un mélange, une unité, - et avec ça modeste et faible, et pourtant robuste et serré, comme un morceau de fine soie chatoyante... et pourtant pas comme de la soie, plutôt comme du lait au miel où fond un biscuit - ce qui pour le coup n'allait pas du tout ensemble : du lait et de la soie! Incompréhensible, ce parfum, indescriptible, impossible à classer d'aucune manière, de fait il n'aurait pas dû exister. Et cependant il était là, avec un naturel parfait et splendide. Grenouille le suivait, le coeur cognant d'anxiété, car il soupçonnait que ce n'était pas lui qui suivait le parfum, mais que c'était le parfum qui l'avait fait captif et l'attirait à présent vers lui, irrésistiblement."
    (Patrick Süskind, Le Parfum, I, 8)

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