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Document présent dans la catégorie Littérature

Littérature

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Etude d'un extrait de « Sido » de Colette : Colette évoque des souvenirs de son enfance auprès de sa mère, Sido

Littérature | 3 pages | 18-06-2007 | Format : Document Microsoft Word | Note : Non noté

PRIX : 1.80€ |
Résumé

Les souvenirs d'enfance ont une place essentielle dans les oeuvres autobiographiques depuis les Confessions de Jean-Jacques Rousseau au 18ème siècle. C'est aussi ce dont témoigne Colette en 1930 lorsqu'elle écrit Sido, roman consacré à sa mère, qui lui a transmis l'émerveillement devant la nature. Dans un passage de cet ouvrage, l'auteur évoque les promenades qu'elle faisait seule à l'aube et restitue avec lyrisme le contact privilégié qu'elle entretenait avec la nature. C'est pourquoi nous étudierons dans un premier temps les différents aspects de la nature, pour montrer ensuite comment Colette l'associe à une figure maternelle, ce qui nous conduira enfin à interpréter ce passage comme étant une célébration de la création.

Extrait étudié:

Car j'aimais tant l'aube, déjà, que ma mère me l'accordait en récompense. J'obtenais qu'elle m'éveillât à trois heures et demie, et je m'en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.

A trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d'abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps... J'allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C'est sur ce chemin, c'est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d'un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion...

Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son oeuvre, « chef d'œuvre », disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillée sur les autres enfants endormis.

Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d'avoir mangé mon saoul, pas avant d'avoir, dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l'eau de deux sources perdues, que je révérais. L'une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, qui traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L'autre source, presque invisible, froissait l'herbe comme un serpent, s'étalait secrète au centre d'un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe... Rien qu'à parler d'elles je souhaite que leur saveur m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte avec moi, cette gorgée imaginaire...


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