Commentaire philosophique d'un extrait de la Lettre à Elisabeth écrite par Descartes le 18 mai 1645.
Extrait:
Descartes commence dans un premier temps à formuler le problème qu'il se propose d'examiner : il le présente sous la forme d'une alternative claire et radicale. Il lui est alors possible de faire apparaître dans un deuxième temps les implications aberrantes de la thèse qui identifie le souverain bien à la joie et par là il procède à sa réfutation. Tout le texte est écrit à la première personne (« je me suis proposé », « si je pensais », « j'approuverais », « j'avoue », « je n'approuve point»), ce qui semble impliquer une forte implication de l'auteur dans ses propos (...)
Sommaire:
Introduction
I) Doit-on choisir une vie joyeuse sans connaissance ou une vie plus triste consacré à la pensée ?
II) Le bonheur, un plaisir humain ?
III) La connaissance, un consentement véritable
Conclusion
Texte analysé:
Madame,
Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir, s'il est mieux d'être gai ou content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce peut être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient, ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux.