Résumé
Commentaire d'un extrait des
Eléments de la philosophie d'Alain consacré à l'inconscient. Alain, philosophe d'inspiration cartésienne contemporain à Freud, évoque sa critique de l'inconscient freudien.
Extrait:
L'existence d'un domaine inconscient a été supposée par des moralistes aussi différents que les jansénistes ou Kant, mais c'est incontestablement à Freud que revient le mérite d'avoir placé la notion d'inconscient au coeur de la réflexion contemporaine, l'employant comme substantif et non plus seulement comme adjectif (...)
Sommaire:
Introduction
I) Réduction de la portée du "freudisme"
II) Remarques sur le plan "moral"
III) Remarques sur le plan "corporel"
Conclusion
Texte analysé:
L'homme est obscur à lui-même ; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d'inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l'inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu'il n'y a point de pensées en nous sinon par l'unique sujet, Je ; cette remarque est d'ordre moral. Il ne faut point se dire qu'en rêvant on se met à penser. Il faut savoir que la pensée est volontaire ; tel est le principe des remords : "Tu l'as bien voulu !" On dissoudrait ces fantômes en se disant simplement que tout ce qui n'est point pensée est mécanisme, ou encore mieux, que ce qui n'est point pensée est corps, c'est-à-dire chose soumise à ma volonté ; chose dont je réponds (...). L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps. On a peur de son inconscient ; là se trouve logée la faute capitale. Un autre Moi me conduit qui me connaît et que je connais mal. On s'amuse à faire le fou. Tel est ce jeu dangereux. On voit que toute l'erreur ici consiste à gonfler un terme technique, qui n'est qu'un genre de folie (...). Au contraire, vertu, c'est se dépouiller de cette vie prétendue, c'est partir de zéro. "Rien ne m'engage"; "Rien ne me force". "Je pense, donc je suis". Cette démarche est un recommencement. Je veux ce que je pense et rien de plus.
En somme, il n'y a pas d'inconvénient à employer couramment le terme d'inconscient ; c'est un abrégé du mécanisme. Mais, si on le grossit, alors commence l'erreur ; et, bien pis, c'est une faute.