Résumé
Recueil d'études analytiques de fables de La Fontaine.
Préface du recueil:
Jean de La Fontaine (Château-Thierry 1621 - Paris 1695) s'inscrit dans l'époque classique de la littérature classique, aux côtés de Boileau, de Molière et de Racine, son cousin, bien qu'il fasse preuve de davantage de gauloiseries que ses contemporains. Il est, avec Molière, l'écrivain le plus riche et le plus varié, sachant prendre tous les tons. C'est un bourgeois de province qui, tout en étant « maître des Eaux et Forêts », a fréquenté les salons parisiens et côtoyé des personnages importants de la cour de Louis XIV : le surintendant Nicolas Fouquet, la duchesse d'Orléans...
Sous ses airs de dilettante souriant, il a observé le mécanisme des relations humaines et s'est forgé une philosophie oscillant entre l'indulgence et le pessimisme. Fondamentalement sociable, toujours prêt à s'amuser, il a commencé par écrire de très jolis contes galants, voire grivois, qui lui valurent une réputation de libertin. Assagi avec l'âge, il a cependant gardé un esprit vif et curieux, ainsi qu'il était permis de lire :
Si "Peau d'Âne" m'était conté
J'y prendrais un plaisir extrême.
En tout, il a composé 240 fables, parues en douze livres entre 1668 et 1694. Le plus souvent sous l'apparence d'animaux, il y dépeint - sans grande illusion - la société des hommes. Le récit qui forme l'essentiel de chaque fable débouche souvent sur un simple constat. L'un des plus cruels, par lequel commence Le Loup et l'Agneau (Livre I, fable 10), est présent dans toutes les mémoires : La raison du plus fort est toujours la meilleure. En dépit de la drôlerie et de la légèreté qui caractérisent ses fables, La Fontaine est lucide avant tout. Il sait que les forts et les riches ne manquent jamais d'écraser les faibles et les pauvres. C'est pourquoi il rappelle que Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux, comme en témoigne l'édifiante histoire de Philémon et Baucis (Livre XII, fable 25) s'aimant pour la vie, et au-delà encore.
La fable semble le seul genre qui satisfait La Fontaine, étant encore à cette époque un genre peu déterminé. Il y trouve le conte, la comédie, la nature, puis la morale, ce qui plaît au poète et lui permet de s'investir corps et âme dans son art.
La fable est un des genres les plus intéressants à étudier, puisqu'il renferme deux volets très distincts : le narratif et le délibératif. Pour ce qui est du narratif, il s'agit du récit et n'a qu'un seul but : plaire, même s'il recèle une morale implicite. Cette moralité, pour sa part, s'inscrit dans le volet délibératif et son but est d'instruire. La versification de la fable tend vers ce didactisme, ayant été de tout temps (de l'Antiquité à nos jours, en passant par le monde arabe et Aristote) un outil mnémotechnique indiscutable.
La fable s'inscrit dans l'universalité. La moralité qui en est tirée doit être universellement partagée. Son universalité est représentée par les personnages qu'elle met en scène : les animaux, les hommes et les dieux. Ce sont les archétypes de la fable. Peu importe l'auteur, le message demeure néanmoins humain, adressé à l'homme. Dans la plupart des cas, il s'agit d'un enseignement allégorique.
Les fables sont ainsi des miroirs : Miroirs, de nos défauts les Peintres légitimes écrit La Fontaine dans Le Corbeau et le Renard (Livre I, fable 2). Mais ce reflet ne doit pas nous flatter, mais plutôt nous choquer et représenter nos défauts en vue de les expier.
La Fontaine reprend les fables et les écrits de fabulistes antiques comme Ésope et Phèdre. Ces textes intéressent non pas seulement par ce qu'ils présentent, mais aussi par la façon dont ils le présentent. Ils laissent parler chacun des personnages selon son caractère et sa condition. D'ailleurs, La Fontaine présente une pléthore de classes sociales et de conditions dans ses fables, tant par les animaux (le lion, le renard,...), en leur donnant des titres (roi, courtisan,...), que par des hommes (le paysan, le meunier, le savetier,...). S'il sait passer, au plan social, du berger au prince, il sait passer des Amériques aux Indes dans le plan spatial. Au plan temporel même, il sait se promener, passant de scènes antiques à des scènes modernes. Le fait de puiser dans le fond mythique et antique lui permettait d'éviter la censure qui sévissait à l'époque.
Pour conclure cette préface, je préciserai que mon parcours universitaire m'avait amené à valider un doctorat en médecine. Omnipraticien rural dans le Tarn, mon exercice professionnel a été interrompu, en 1995, par un accident de circulation responsable d'une paraplégie séquellaire. Depuis une décennie, ma reconversion m'a amené à assister des élèves dans leur préparation du baccalauréat de français. Ainsi, ce recueil regroupe la totalité des études analytiques de fables de Jean de La Fontaine qu'il m'ait été donné de faire travailler dans le cadre du soutien que j'ai pu apporter. Certes, certaines interprétations sont personnelles mais je ne pense pas m'éloigner tant que cela de l'influence ni de la sensibilité de l'auteur à l'époque d'écriture. Je fais allusion notamment à la fable 5 du livre III, Le Renard et le Bouc. Si de nos jours, les cornes sont l'emblème indiscutable du cocuage, je signale alors que La Fontaine a vraisemblablement pensé à ce symbole à travers le bouc dans le contexte de duperie, car à cette époque, il y avait une femme célèbre et très connue dans toute la France pour les « soirées » qu'elle organisait et l'ambiance libertine qui y régnait et à laquelle elle sacrifiait volontiers, cocufiant ainsi son époux. Son patronyme était... Cornu ! Du reste, un contemporain de l'auteur, Boileau, y fait largement référence dans ses Satires (X).
Sommaire:
Premier recueil
I)
La Cigale et la Fourmi
II)
La Grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le Boeuf
III)
Le Loup et le Chien
IV)
Le Loup et l'Agneau
V)
L'homme et son image
VI)
La Mort et le Bûcherion
VII)
Le Lion et le Moucheron
VIII)
Le Renard et le Bouc
IX)
Le Laboureur et ses Enfants
X)
Le Lion s'en allant en guerre
XI)
Le Villageois et le Serpent)
Second recueil
I)
Les Animaux malades de la Peste
II)
La Cour du Lion
III)
La Laitière et le pot au lait
IV)
Les deux Coqs
V)
Le Savetier et le Financier
VI)
Le pouvoir des fables
VII)
Les obsèques de la Lionne
VIII)
Le Torrent et la Rivière
IX)
L'Huître et les Plaideurs
X)
Le Cierge
XI)
La Lionne et l'Ours
XII)
Le Philosophe Scythe