Résumé
Etude analytique de la fable de Jean de La Fontaine
Le Philosophe Scythe.
Extrait:
Alors que la description initiale se fait au passé simple, la présentation du sage se fait à l'imparfait (vers 5 à 7), ce qui a comme conséquence voulue de ralentir l'action.
Le récit se poursuit du vers 8 au vers 13, avec l'action du philosophe scythe évoquée au passé simple tandis que celle du sage l'est à l'imparfait (...)
Sommaire:
Introduction
I) L'art du récit et de la versification à travers le récit d'une rencontre
A. Un récit court et vivant
B. Deux natures opposées
C. Des comportements opposés
II) Une double conception de la vie et du bonheur
A. Des références philosophiques et culturelles claires
B. Deux conceptions antagonistes de la vie et du bonheur
III) La leçon
A. Une préférence personnelle visible
B. Une prise de position personnelle
Conclusion
Fable analysée:
Un philosophe austère, et né dans la Scythie,
Se proposant de suivre une plus douce vie,
Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux
Un sage assez semblable au vieillard de Virgile,
Homme égalant les Rois, homme approchant des Dieux,
Et, comme ces derniers satisfait et tranquille.
Son bonheur consistait aux beautés d'un Jardin.
Le Scythe l'y trouva, qui la serpe à la main,
De ses arbres à fruit retranchait l'inutile,
Ebranchait, émondait, ôtait ceci, cela,
Corrigeant partout la Nature,
Excessive à payer ses soins avec usure.
Le Scythe alors lui demanda :
Pourquoi cette ruine. Etait-il d'homme sage
De mutiler ainsi ces pauvres habitants ?
Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage ;
Laissez agir la faux du temps :
Ils iront aussi tôt border le noir rivage.
- J'ôte le superflu, dit l'autre, et l'abattant,
Le reste en profite d'autant.
Le Scythe, retourné dans sa triste demeure,
Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure ;
Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis
Un universel abatis.
Il ôte de chez lui les branches les plus belles,
Il tronque son Verger contre toute raison,
Sans observer temps ni saison,
Lunes ni vieilles ni nouvelles.
Tout languit et tout meurt. Ce Scythe exprime bien
Un indiscret Stoïcien :
Celui qui retranche de l'âme
Désirs et passions, le bon et le mauvais,
Jusqu'aux plus innocents souhaits.
Contre de telles gens, quant à moi, je réclame.
Ils ôtent à nos coeurs le principal ressort ;
Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.