Résumé
Lecture analytique sur un extrait du dernier chapitre de
Madame Bovary de Flaubert : l'agonie d'Emma.
Extrait:
Passage capital de la troisième partie de
Madame Bovary de Gustave Flaubert publié en 1857, car il marque la fin tragique de l'héroïne éponyme. Flaubert décrit minutieusement l'agonie d'Emma qui s'est empoisonnée à l'arsenic qu'elle a pu dérober dans l'arrière-boutique d'Homais. Lorsque Homais rapportera ce triste évènement dans le fanal, il évoquera une méprise avec su sucre glace, ce qui n'est pas sans rappeler symboliquement à la fois le gâteau de mariage et le bal (les deux évènements les plus importants de sa vie). Froid de glace du bal et le froid de glace qu'elle a ressenti lors de sa mort. D'autre part, on retrouve la couleur blanche. En fait, elle décide de mettre fin à ses jours car (...)
Sommaire:
I) Introduction
II) Analyse linéaire
III) Conclusion
Passage étudié:
- Oh ! laisse-moi !
Et elle se coucha tout du long sur son lit.
Une saveur âcre qu'elle sentait dans sa bouche la réveilla. Elle entrevit Charles et referma les yeux.
Elle s'épiait curieusement, pour discerner si elle ne souffrait pas. Mais non ! rien encore. Elle entendait le battement de la pendule, le bruit du feu, et Charles, debout près de sa couche, qui respirait.
- Ah ! c'est bien peu de chose, la mort ! Pensait-elle ; je vais m'endormir, et tout sera fini !
Elle but une gorgée d'eau et se tourna vers la muraille.
Cet affreux goût d'encre continuait.
- J'ai soif !... oh ! j'ai bien soif ! soupira-t-elle.
- Qu'as-tu donc ? dit Charles, qui lui tendait un verre.
- Ce n'est rien !... Ouvre la fenêtre..., j'étouffe !
Et elle fut prise d'une nausée si soudaine, qu'elle eut à peine le temps de saisir son mouchoir sous l'oreiller.
- Enlève-le ! dit-elle vivement ; jette-le !
Il la questionna ; elle ne répondit pas. Elle se tenait immobile, de peur que la moindre émotion ne la fît vomir. Cependant, elle sentait un froid de glace qui lui montait des pieds jusqu'au coeur.
- Ah ! voilà que ça commence ! murmura-t-elle.
- Que dis-tu ?
Elle roulait sa tête avec un geste doux plein d'angoisse, et tout en ouvrant continuellement les mâchoires, comme si elle eût porté sur sa langue quelque chose de très lourd. À huit heures, les vomissements reparurent.
Charles observa qu'il y avait au fond de la cuvette une sorte de gravier blanc, attaché aux parois de la porcelaine.
- C'est extraordinaire ! c'est singulier ! répéta-t-il.
Mais elle dit d'une voix forte :
- Non, tu te trompes !
Alors, délicatement et presque en la caressant, il lui passa la main sur l'estomac. Elle jeta un cri aigu. Il se recula tout effrayé.
Puis elle se mit à geindre, faiblement d'abord. Un grand frisson lui secouait les épaules, et elle devenait plus pâle que le drap où s'enfonçaient ses doigts crispés. Son pouls inégal était presque insensible maintenant.
Des gouttes suintaient sur sa figure bleuâtre, qui semblait comme figée dans l'exhalaison d'une vapeur métallique. Ses dents claquaient, ses yeux agrandis regardaient vaguement autour d'elle, et à toutes les questions elle ne répondait qu'en hochant la tête ; même elle sourit deux ou trois fois. Peu à peu, ses gémissements furent plus forts. Un hurlement sourd lui échappa ; elle prétendit qu'elle allait mieux et qu'elle se lèverait tout à l'heure. Mais les convulsions la saisirent ; elle s'écria :
- Ah ! c'est atroce, mon Dieu !