Résumé
Commentaire composé (niveau lycée) du dénouement de la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco
Le Roi se meurt.
Extrait:
Ce dénouement est une parodie d'un dénouement tragique. Tout d'abord, l'imitation de ce dénouement tragique est visible par la présentation de l'issue fatale, la mort, faite par un personnage qui accompagne le mourant, Marguerite. La reine Marguerite joue alors un rôle de guide vers la mort en multipliant les conseils à l'encontre du Roi ainsi que le montrent les nombreux impératifs « Renonce aussi aux couleurs », « Ne prête pas l'oreille au murmure du ruisseau », « Tu n'as pas soif. », « Donne-moi tes jambes, la droite, la gauche. » (...)
Sommaire:
Introduction
I) La parodie d'un dénouement tragique
A. L'imitation d'un dénouement tragique
B. L'écart parodique
II) La critique des visions traditionnelles de la mort
A. La critique des visions de l'enfer
B. La critique des visions du paradis
III) La mise en scène de la mort comme anéantissement
A. A travers le discours de Marguerite
B. A travers les didascalies
Conclusion
Texte étudié:
MARGUERITE
Il perçoit encore les couleurs. Des souvenirs colorés. Ce n'est pas une nature auditive. Son imagination est purement visuelle... c'est un peintre... trop partisan de la monochromie. (Au Roi.) Renonce aussi à cet empire. Renonce aussi aux couleurs. Cela t'égard encore, cela te retarde. Tu ne peux plus t'attarder, tu ne peux plus t'arrêter, tu ne dois pas. (Elle s'écarte du Roi.) Marche tout seul n'aie pas peur. Vas-y. (Marguerite, dans un coin du plateau, dirige le Roi de loin.) Ce n'est plus le jour, ce n'est plus la nuit, il n'y a plus de jour, il n'y a plus de nuit. Laisse-toi diriger par cette roue qui tourne devant toi. Ne la perd pas de vue, suis-là, pas de trop près, elle est embrasée, tu pourrais te brûler. Avance, j'écarte les broussailles, attention, ne heurte pas cette ombre qui est à ta droite... Mains gluantes, mains implorantes, bras et mains pitoyables, ne revenez-pas, retirez-vous. Ne le touchez pas, ou je vous frappe ! (Au Roi.) Ne tourne pas la tête. Evite le précipice à ta gauche, ne craint pas ce vieux loup qui hurle... ses crocs sont en carton, il n'existe pas. (Au loup.) Loup, n'existe plus ! (Au Roi.) Ne crains pas non plus les rats. Ils ne peuvent pas mordre tes orteils. (Aux rats.) Rats et vipères n'existez plus ! (Au Roi.) Ne te laisse pas apitoyer par le mendiant qui te tend la main... Attention à la vieille femme qui vient vers toi... Ne prend pas le verre d'eau qu'elle te tend. Tu n'as pas soif. (A la vieille femme imaginaire.) Il n'a pas besoin d'être désaltéré, bonne femme, il n'a pas soif. N'encombrez pas son chemin. Evanouissez-vous. (Au Roi.) Escalade la barrière... Le gros camion ne t'écrasera pas, c'est un mirage... Tu peux passer, passe... Mais non, les pâquerettes ne chantent pas, même si elles sont folles. J'absorbe leurs voix ; elles, je les efface !... Ne prête pas l'oreille au murmure du ruisseau. Objectivement, on ne l'entend pas. C'est aussi un faux ruisseau, c'est une fausse voix... Fausses voix, taisez-vous. (Au Roi.) Plus personne ne t'appelle. Sens, une dernière fois, cette fleur et jette-la. Oublie son odeur. Tu n'as plus de parole. A qui pourrais-tu parler ? Oui, c'est cela, lève le pas, l'autre. Voici la passerelle, ne crains pas le vertige. (Le Roi avance en direction des marches du trône.) Tiens-toi tout droit, tu n'as pas besoin de ton gourdin, d'ailleurs tu n'en as pas. Ne te baisse pas, surtout, ne tombe pas. Monte, monte. (Le Roi commence à monter les trois ou quatre marches du trône.) Plus haut, encore plus haut, monte, encore plus haut, encore plus haut, encore plus haut. (Le Roi est tout près du trône.) Tournes-toi vers moi. Regarde-moi. Regarde à travers moi. Regarde ce miroir sans image, reste droit...
Donne-moi tes jambes, la droite, la gauche. (A mesure qu'elle lui donne ces ordres, le Roi raidit ses membres.) Donne-moi un doigt, donne-moi deux doigts ... trois... quatre... cinq... les dix doigts. Abandonne-moi le bras droit, le bras gauche, la poitrine, les deux épaules, le ventre. (Le Roi est immobile, figé comme une statue.) Et voilà, tu vois, tu n'as plus la parole, ton coeur n'a plus besoin de battre, plus la peine de respirer. C'était une agitation bien inutile, n'est-ce pas ? Tu peux prendre place.
Disparition soudaine de la reine Marguerite par la droite.
Le Roi est assis sur son trône. On aura vu, pendant cette dernière scène, disparaître progressivement les portes, les fenêtres, les murs de la salle du trône. Ce jeu de décor est très important.
Maintenant, il n'y a plus rien sur le plateau sauf le Roi sur son trône dans une lumière grise. Puis le Roi et son trône disparaissent également.
Enfin, il n'y a plus que cette lumière grise. La disparition des fenêtres, portes, murs, Roi et trône doit se faire lentement, progressivement, très nettement. Le Roi assis sur son trône doit rester visible quelque temps avant de sombrer dans une sorte de brume.
Ionesco, Le Roi se meurt (dénouement), 1962.