Résumé
Commentaire (niveau Lycée) semi-rédigé de l'article
Torture de Voltaire, tiré de son célèbre
Dictionnaire philosophique. Dans cet article, il dénonce les méthodes de torture de la France, en prenant l'exemple de l'affaire du Chevalier de la Barre.
Extrait:
Il voulait une oeuvre plus véhémente. Il fera paraître en 1764 son « Dictionnaire Portatif ». Son idée est qu'il soit portatif, il vient donc en quelque sorte d'inventer le livre de poche.
Il se documente beaucoup pour illustrer :
- Les guerres
- Les crimes
(...)
Plan du commentaire:
Introduction
I) Présentation : les campagnes de Voltaire contre les erreurs judiciaires
II) Lecture
III) Plan d'ensemble
A. Axe I
1. Paragraphe 1 : Le contexte du cadre juridique
2. Paragraphe 2 : La vie privée du magistrat
3. Paragraphe 3 : La politique extérieure
4. Paragraphe 4 : L'exemple précis du Chevalier de la Barre
B. Axe II : Huit points de la ligne 1 à la ligne 27. Ces points vont se trouver par ordre croissant
1. Une fausse justification historique
2. Le plaisir d'un passe-temps sadique
3. La perversion de la fonction médecin
4. La vénalité des charges
5. La banalisation de la torture
6. L'attitude du peuple français
7. La distorsion entre le crime et le châtiment
8. L'horreur même du châtiment
IV) Etude de détails
Conclusion
Texte étudié:
Les Romains n'infligèrent jamais la torture qu'aux esclaves, mais les esclaves n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparence (1) non plus qu'un conseiller de la Tournelle (2) regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, les yeux mornes, la barbe longue et sale, couvert de la vermine dont il a été rongé dans un cachot. Il se donne le plaisir de l'appliquer à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi on recommence ; et comme dit très bien la comédie des Plaideurs : "Cela fait toujours passer une heure ou deux".
Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent (3) le droit de faire ces expériences sur son prochain va conter à dîner à sa femme ce qui s'est passé le matin. La première fois, madame en a été révoltée ; à la seconde, elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses ; ensuite, la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui : « Mon petit coeur, n'avez-vous fait donner aujourd'hui la question à personne ? »
Les Français, qui passent, je ne sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanité de nous prendre tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la question.
Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d'un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d'esprit et d'une grande espérance, mais ayant toute l'étourderie d'une jeunesse effrénée, fut convaincu (4) d'avoir chanté des chansons impies, et même d'avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu'on lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main, et qu'on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l'appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.
Ce n'est pas dans le XIII° ou dans le XIV° siècle que cette aventure est arrivée, c'est dans le XVIII°. Les nations étrangères jugent de la France par les spectacles, par les romans, par les jolis vers, par les filles d'Opéra, qui ont les moeurs fort douces, par nos danseurs d'Opéra, qui ont de la grâce, par Mlle Clairon, qui déclame des vers à ravir. Elles ne savent pas qu'il n'y a point au fond de nation plus cruelle que la française.