Résumé
Commentaire composé sur un extrait du chapitre 41 de la partie II de
Le Rouge et le Noir, de Stendhal : le discours de Julien.
Extrait:
Grand auteur réaliste, Stendhal écrit en 1830
Le Rouge et le Noir, un roman contant l'histoire de Julien Sorel, un jeune fils de charpentier tentant de s'imposer dans la société malgré son appartenance à une classe sociale modeste. Après avoir tiré deux coups de fusils en pleine église sur Madame de Rênal, son premier grand amour, il est arrêté et jugé. Dans l'extrait étudié, Julien adresse un discours aux jurés. Comment cette page de roman donne-t-elle vie à cet épisode judiciaire ? (...)
Sommaire:
Introduction
I) Un épisode dramatique
A. La théâtralisation à l'intérieur du roman
B. La tension dramatique de l'action
II) Un étonnant discours
A. Le refus de se défendre
B. La mise en accusation de la société
III) La mise en valeur du héros romantique
A. Un coupable attachant
B. Un héros seul face à une société qui l'opprime
Conclusion
Texte analysé:
Messieurs les jurés,
L'horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n'ai point l'honneur d'appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s'est révolté contre la bassesse de sa fortune.
Je ne vous demande aucune grâce, continua Julien en affermissant sa voix.
Je ne me fais point illusion, la mort m'attend : elle sera juste. J'ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les respects, de tous les hommages. Mme de Rênal avait été pour moi comme une mère. Mon crime est atroce, et il fut prémédité. J'ai donc mérité la mort, messieurs les jurés. Quand je serais moins coupable, je vois des hommes qui, sans s'arrêter à ce que ma jeunesse peut mériter de pitié, voudront punir en moi et décourager à jamais cette classe de jeunes gens qui, nés dans une classe inférieure, et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l'audace de se mêler à ce que l'orgueil des gens riches appelle la société.
« Voilà mon crime, messieurs, et il sera puni avec d'autant plus de sévérité, que, dans le fait, je ne suis point jugé par mes pairs. Je ne vois point sur les bancs des jurés quelque paysan enrichi, mais uniquement des bourgeois indignés... »
Pendant vingt minutes, Julien parla sur ce ton ; il dit tout ce qu'il avait sur le coeur ; l'avocat général, qui aspirait aux faveurs de l'aristocratie, bondissait sur son siège ; mais malgré le tour un peu abstrait que Julien avait donné à la discussion, toutes les femmes fondaient en larmes.