Résumé
Commentaire composé de la tirade de Trivelin (Scène 2) de la pièce de théâtre
L'île des esclaves de Marivaux.
Extrait:
Auteur du siècle des Lumières soucieux de la question sociale, Marivaux écrit et fait jouer en 1725 par les Italiens
L'île des esclaves, une pièce dans laquelle il met en place une utopie sociale. Sur l'île des esclaves où le naufrage les a précipités, le valet Arlequin courrait le risque d'être battu par son maître Iphicrate si l'insulaire Trivelin n'était venu à son secours. Au cours de son intervention, il impose l'inversion des rôles du maître et du valet qu'il justifie dans une longue tirade. Trivelin se fait-il pour autant le porte-parole d'un message révolutionnaire ? (...)
Plan du commentaire:
Introduction
I) Le rôle d'autorité
A. Les manifestations d'autorité
B. La source de l'autorité
II) Le rôle d'avocat des esclaves
A. La critique et la violence des maîtres
B. Le soucis du sort des esclaves
III) Le professeur de morale
A. Les valeurs morales fondatrices du discours
B. La recherche pratique de l'autocritique
Conclusion
Texte analysé:
Trivelin : « Ne m'interrompez point, mes enfants. Je pense donc que vous savez qui nous sommes. Quand nos pères, irrités de la cruauté de leurs maîtres, quittèrent la Grèce et vinrent s'établir ici, dans le ressentiment des outrages qu'ils avaient reçus de leurs patrons, la première loi qu'ils y firent fut d'ôter la vie à tous les maîtres que le hasard ou le naufrage conduirait dans leur île, et conséquemment de rendre la liberté à tous les esclaves ; la vengeance avait dicté cette loi ; vingt ans après la raison l'abolit, et en dicta une plus douce. Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n'est plus votre vie que nous poursuivons, c'est la barbarie de vos coeurs que nous voulons détruire ; nous vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on y éprouve ; nous vous humilions afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l'avoir été. Votre esclavage, ou plutôt votre cours d'humanité, dure trois ans, au bout desquels on vous renvoie si vos maîtres sont contents de vos progrès ; et, si vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charité pour les nouveaux malheureux que vous iriez faire encore ailleurs, et, par bonté pour vous, nous vous marions avec une de nos citoyennes. Ce sont là nos lois à cet égard ; mettez à profit leur rigueur salutaire, remerciez le sort qui vous conduit ici ; il vous remet en nos mains durs, injustes et superbes ; vous voilà en mauvais état, nous entreprenons de vous guérir ; vous êtes moins nos esclaves que nos malades, et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains, c'est-à-dire humains, raisonnables et généreux pour toute votre vie. »