Résumé
Paru anonymement en 1678 et écrit par un auteur, Mme de La Fayette, qui connut bien la cour de Louis XIV et fréquenta les cercles littéraires, le roman
La princesse de Clèves nous emmène tout droit à la cour du roi Henry II. Avec la fin du livre IV, le roman approche du dénouement. La mort de Monsieur de Clèves a suscité les remords de son épouse mais l'a rendu libre d'épouser le duc de Nemours, auquel elle a avoué son amour au cours d'une entrevue. Cependant, le mariage d'Elizabeth de France éloigne Monsieur de Nemours de la princesse de Clèves. Loin de préparer une issue heureuse, ce passage nous conduit vers la mort de l'amour. Alors que le récit historique se réduit à seulement deux lignes, quel rôle joue l'Histoire dans la séparation romanesque des deux amants ? Est-elle si peu importante qu'elle y parait ? (...)
Sommaire:
Introduction
I) Le récit historique rend vraisemblable l'action romanesque
A. Le départ de Monsieur de Nemours rendu vraisemblable par le mariage d'Elizabeth de France
B. L'éloignement de Madame de Clèves rendu vraisemblable par l'éloignement de Monsieur de Nemours
II) La mise en valeur de l'héroïne romanesque par le récit historique
A. La mise au premier plan de l'héroïne
B. L'héroïne à la reconquête d'elle-même
III) L'effacement de l'Histoire, annonce symbolique de la fin du roman
A. L'effacement de l'Histoire, signe de la dévalorisation de la vie sociale
B. L'effacement de l'Histoire, symbole de la mort de la passion amoureuse
Conclusion
Texte analysé:
La cour alla conduire la reine d'Espagne jusqu'en Poitou. Pendant cette absence, madame de Clèves demeura à elle-même, et, à mesure qu'elle était éloignée de monsieur de Nemours et de tout ce qui l'en pouvait faire souvenir, elle rappelait la mémoire de monsieur de Clèves, qu'elle se faisait un honneur de conserver. Les raisons qu'elle avait de ne point épouser monsieur de Nemours lui paraissaient fortes du côté de son devoir, et insurmontables du côté de son repos. La fin de l'amour de ce prince, et les maux de la jalousie qu'elle croyait infaillibles dans un mariage, lui montraient un malheur certain où elle s'allait jeter ; mais elle voyait aussi qu'elle entreprenait une chose impossible, que de résister en présence au plus aimable homme du monde, qu'elle aimait et dont elle était aimée, et de lui résister sur une chose qui ne choquait ni la vertu, ni la bienséance. Elle jugea que l'absence seule et l'éloignement pouvaient lui donner quelque force ; elle trouva qu'elle en avait besoin, non seulement pour soutenir la résolution de ne se pas engager, mais même pour se défendre de voir monsieur de Nemours ; et elle résolut de faire un assez long voyage, pour passer tout le temps que la bienséance l'obligeait à vivre dans la retraite. De grandes terres qu'elle avait vers les Pyrénées lui parurent le lieu le plus propre qu'elle pût choisir. Elle partit peu de jours avant que la cour revînt ; et, en partant, elle écrivit à monsieur le vidame, pour le conjurer que l'on ne songeât point à avoir de ses nouvelles, ni à lui écrire.