Résumé
Commentaire composé de l'extrait de l'heure du cercle tiré du roman de Madame de La Fayette
La Princesse de Clèves.
Extrait:
Paru anonymement en 1678 et écrit par un auteur, Mme de La Fayette, qui connut bien la cour de Louis XIV et fréquenta les cercles littéraires, le roman
La Princesse de Clèves nous emmène tout droit à la cour du roi Henry II. Après un long moment consacré à l'intimité du prince et de la princesse de Clèves, à travers cet extrait le livre II nous ramène directement à la cour, à l'heure du cercle qui selon la coutume évoquée dans l'incipit réunit le roi, la reine, la dauphine ainsi que les héros de l'intrigue romanesque, Monsieur de Nemours et Madame de Clèves. L'heure est alors à la discussion de la prédiction faite à Henry II, mais loin de ralentir l'intrigue romanesque, cette évocation historique accélère l'action. Quel rapport l'Histoire entretient-elle avec la fiction ? (...)
Plan du commentaire composé:
Introduction
I) L'Histoire au service de la vraisemblance romanesque
A. L'Histoire et le dévoilement de la passion
B. Le contexte historique et le progrès de la passion
II) La mise en valeur du monde romanesque
A. La mise en valeur du caractère exceptionnel du héros
B. La mise en valeur du suspense de l'intrigue romanesque amoureuse
Conclusion
Texte analysé:
Après le malheur que le roi conta qu'on lui avait prédit, ceux qui avaient soutenu l'astrologie en abandonnèrent le parti, et tombèrent d'accord qu'il n'y fallait donner aucune croyance.
- Pour moi, dit tout haut monsieur de Nemours, je suis l'homme du monde qui dois le moins y en avoir ; et se tournant vers madame de Clèves, auprès de qui il était : On m'a prédit, lui dit-il tout bas, que je serais heureux par les bontés de la personne du monde pour qui j'aurais la plus violente et la plus respectueuse passion. Vous pouvez juger, Madame, si je dois croire aux prédictions.
Madame la dauphine qui crut par ce que monsieur de Nemours avait dit tout haut, que ce qu'il disait tout bas était quelque fausse prédiction qu'on lui avait faite, demanda à ce prince ce qu'il disait à madame de Clèves. S'il eût eu moins de présence d'esprit, il eût été surpris de cette demande. Mais prenant la parole sans hésiter :
- Je lui disais, Madame, répondit-il, que l'on m'a prédit que je serais élevé à une si haute fortune, que je n'oserais même y prétendre.
- Si l'on ne vous a fait que cette prédiction, repartit madame la dauphine en souriant, et pensant à l'affaire d'Angleterre, je ne vous conseille pas de décrier l'astrologie, et vous pourriez trouver des raisons pour la soutenir.
Madame de Clèves comprit bien ce que voulait dire madame la dauphine ; mais elle entendait bien aussi que la fortune dont monsieur de Nemours voulait parler n'était pas d'être roi d'Angleterre. Comme il y avait déjà assez longtemps de la mort de sa mère, il fallait qu'elle commençât à paraître dans le monde, et à faire sa cour comme elle avait accoutumé. Elle voyait monsieur de Nemours chez madame la dauphine, elle le voyait chez monsieur de Clèves, où il venait souvent avec d'autres personnes de qualité de son âge, afin de ne se pas faire remarquer ; mais elle ne le voyait plus qu'avec un trouble dont il s'apercevait aisément.