Résumé
Commentaire composé sur l'une des fables de La Fontaine intitulée
Les Vautours et les Pigeons. Dans cette fable, La Fontaine délivre un message politique qui critique à la fois les bellicistes et les pacifistes. Comment la Fable peut-elle parvenir à servir cette position difficile ?
Extrait:
Grand auteur classique et célèbre fabuliste, La Fontaine publie en 1678 un second recueil de fables auquel appartient l'apologue
Les Vautours et les Pigeons. La Fontaine emprunte certes son sujet à un ancien, Abstemuis, mais il délivre un message politique critique à la fois envers les bellicistes et les pacifistes en plein contexte de la guerre de succession d'Espagne (qui oppose deux grandes puissances européennes). Comment la Fable peut-elle parvenir à servir cette position difficile ? Nous montrerons tout d'abord que le récit réussit à captiver le lecteur puis que la parodie de l'épopée critique la guerre et enfin que le fabuliste met en garde contre le pacifisme (...)
Plan du commentaire:
Introduction
I) Le récit captivant d'un épisode de guerre
A. L'univers concret et poétique de la fable
B. Une action dramatique mouvementée par des péripéties
II) La parodie de l'épopée guerrière
A. La dénonciation de l'absurdité de la guerre par le registre parodique
B. La dévastation de la guerre par l'emploi des procédés d'amplification propres à l'épopée
III) La mise en garde de La Fontaine contre le pacifisme
A. L'implication du narrateur dans son récit
B. L'implication du narrateur dans la morale
Conclusion
Fable étudiée:
Mars autrefois mit tout l'air en émute.
Certain sujet fit naître la dispute
Chez les oiseaux ; non ceux que le Printemps
Mène à sa Cour, et qui, sous la feuillée,
Par leur exemple et leurs sons éclatants
Font que Vénus est en nous réveillée ;
Ni ceux encor que la Mère d'Amour
Met à son char : mais le peuple Vautour,
Au bec retors, à la tranchante serre,
Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre.
Il plut du sang ; je n'exagère point.
Si je voulais conter de point en point
Tout le détail, je manquerais d'haleine.
Maint chef périt, maint héros expira ;
Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine.
C'était plaisir d'observer leurs efforts ;
C'était pitié de voir tomber les morts.
Valeur, adresse, et ruses, et surprises,
Tout s'employa. Les deux troupes éprises
D'ardent courroux n'épargnaient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres :
Tout élément remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au col changeant, au coeur tendre et fidèle.
Elle employa sa médiation
Pour accorder une telle querelle ;
Ambassadeurs par le peuple pigeon
Furent choisis, et si bien travaillèrent,
Que les Vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve, et la paix s'ensuivit :
Hélas ! ce fut aux dépens de la race
À qui la leur aurait dû rendre grâce.
La gent maudite aussitôt poursuivit
Tous les pigeons, en fit ample carnage,
En dépeupla les bourgades, les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens,
D'accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours divisés les méchants ;
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là . Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant. je me tais.