Résumé
En prolongement au romantisme qui ouvre la voie de la modernité en littérature, Baudelaire compose un recueil de poèmes qui expriment un difficile équilibre entre la réalité quelquefois sordide et l'idéal de l'artiste. Ce recueil,
Les Fleurs de Mal dont le titre même souligne cette dualité, fit scandale lorsqu'il parut en 1857. Le
Crépuscule du matin, poème composé de quatre strophes irrégulières écrites en alexandrins, appartient à la partie « Spleen et idéal ». Dans cette pièce, Baudelaire décrit Paris au lever du jour.
Plan du commentaire:
Introduction
I) Une atmosphère contrastée
A. Un tableau réaliste...
B. ...et symbolique
II) Les personnages crépusculaires
A. Les figures féminines : « une lugubre harmonie » (cf. « le crépuscule du soir en prose »)
B. Les figures masculines : plusieurs catégories représentées
Conclusion
Poème étudié:
La diane chantait dans les cours des casernes,
Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.
C'était l'heure où l'essaim des rêves malfaisants
Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents ;
Où, comme un oeil sanglant qui palpite et qui bouge,
La lampe sur le jour fait une tache rouge ;
Où l'âme, sous le poids du corps revêche et lourd,
Imite les combats de la lampe et du jour.
Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient,
Et l'homme est las d'écrire et la femme d'aimer.
Les maisons çà et là commençaient à fumer.
Les femmes de plaisir, la paupière livide,
Bouche ouverte, dormaient de leur sommeil stupide ;
Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids,
Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts.
C'était l'heure où parmi le froid et la lésine
S'aggravent les douleurs des femmes en gésine ;
Comme un sanglot coupé par un sang écumeux
Le chant du coq au loin déchirait l'air brumeux
Une mer de brouillards baignait les édifices,
Et les agonisants dans le fond des hospices
Poussaient leur dernier râle en hoquets inégaux.
Les débauchés rentraient, brisés par leurs travaux.
L'aurore grelottante en robe rose et verte
S'avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux
Empoignait ses outils, vieillard laborieux.