Résumé
Commentaire composé (niveau Lycée) de la scène d'exposition d'
Ubu Roi d'Alfred Jarry.
Extrait:
A première vue, cette scène d'exposition peut sembler classique. On apprend qui sont les personnages principaux, Père et Mère Ubu, et on découvre leur relation, c'est un couple marié. Des informations sur l'histoire personnelle Père Ubu sont révélées : on apprend son parcours, ses rôles actuels ou passés au niveau social. A propos de Mère Ubu, elle apparaît comme manipulatrice et dominante sur son mari. Quand à l'intrigue, elle est annoncée : Mère Ubu convoite le trône et tente de faire assassiner par son mari le Roi et les siens pour prendre sa place (...)
Plan du commentaire:
Introduction
I) Une scène d'exposition grotesque
II) La parodie du tragique
III) Une scène provocante
Conclusion
Texte étudié:
PERE UBU : Merdre !
MERE UBU : Oh ! voilà du joli, Père Ubu, vous estes un fort grand voyou.
PERE UBU : Que ne vous assom'je, Mère Ubu !
MERE UBU : Ce n'est pas moi, Père Ubu, c'est un autre qu'il faudrait assassiner.
PERE UBU : De par ma chandelle verte, je ne comprends pas.
MERE UBU : Comment, Père Ubu, vous estes content de votre sort ?
PERE UBU : De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content. On le serait à moins : capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas, décoré de l'ordre de l'Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d'Aragon, que voulez-vous de mieux ?
MERE UBU : Comment ! Après avoir été roi d'Aragon vous vous contentez de mener aux revues une cinquantaine d'estafiers armés de coupe-choux, quand vous pourriez faire succéder sur votre fiole la couronne de Pologne à celle d'Aragon ?
PERE UBU : Ah ! Mère Ubu, je ne comprends rien de ce que tu dis.
MERE UBU : Tu es si bête !
PERE UBU : De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant; et même en admettant qu'il meure, n'a-t-il pas des légions d'enfants ?
MERE UBU : Qui t'empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place ?
PERE UBU : Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez passer tout à l'heure par la casserole.
MERE UBU : Eh ! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ?
PERE UBU : Eh vraiment ! et puis après ? N'ai-je pas un cul comme les autres ?
MERE UBU : A ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues.
PERE UBU : Si j'étais roi, je me ferais construire une grande capeline comme celle que j'avais en Aragon et que ces gredins d'Espagnols m'ont impudemment volée.
MERE UBU : Tu pourrais aussi te procurer un parapluie et un grand caban qui te tomberait sur les talons.
PERE UBU : Ah ! je cède à la tentation. Bougre de merdre, merdre de bougre, si jamais je le rencontre au coin d'un bois, il passera un mauvais quart d'heure.
MERE UBU : Ah! bien, Père Ubu, te voilà devenu un véritable homme.
PERE UBU : Oh non ! moi, capitaine de dragons, massacrer le roi de Pologne! plutôt mourir !
MERE UBU (à part.) : Oh ! merdre ! Haut Ainsi, tu vas rester gueux comme un rat, Père Ubu ?
PERE UBU : Ventrebleu, de par ma chandelle verte, j'aime mieux être gueux comme un maigre et brave rat que riche comme un méchant et gras chat.
MERE UBU : Et la capeline ? et le parapluie ? et le grand caban ?
PERE UBU : Eh bien, après, Mère Ubu ? (Il s'en va en claquant la porte.)
MERE UBU (seule) : Vrout, merdre, il a été dur à la détente, mais vrout, merdre, je crois pourtant l'avoir ébranlé. Grâce à Dieu et à moi-même, peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne.