Résumé
Etude littéraire du préambule (livre premier) des
Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Etude de la manière dont l'auteur présente son projet autobiographique sur un ton solennel et pathétique ainsi que de ses objectifs.
Extrait:
Les deux premières phrases du texte nous montrent que l'auteur est à la fois le narrateur et l'objet de la narration. Nous sommes bien dans le registre de l'autobiographie (telle qu'elle sera définie au 19ème siècle).
Pour le moment Rousseau montre qu'il a conscience de l'originalité de son « entreprise » « qui n'eut jamais d'exemple » auparavant. Les
Confessions se distinguent en effet de celles de Saint-Augustin (destinées à rendre grâce à Dieu) et des
Essais de Montaigne (qui ne raconte pas sa vie) (...)
Sommaire:
Introduction
I) Le projet autobiographique
II) L'orgueil d'être unique
III) L'adjuration à Dieu et aux hommes
Conclusion
Texte analysé:
Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables : qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son coeur au pied de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là.