Résumé
Commentaire d'un extrait de
Manon Lescaut de l'Abbé Prévost (Première S). L'extrait en question traite de la rencontre entre le narrateur Renoncour et Manon qui se déroule à Pacy.
Plan du commentaire:
Introduction
I) Un pacte de lecture
A. Le regard de la populace
B. La réaction de la vieille femme
C. La vision de Renoncour
II) L'annonce de la (future) rencontre d'Amiens
A. Comparaison des deux rencontres
B. Le réalisme de cette scène
III) Une ouverture originale de part son côté énigmatique
A. Le personnage de Manon
B. Une ouverture in medias res
Conclusion
Texte analysé:
Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venait le tumulte; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse, qui ne faisait nulle attention à mes demandes, et qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion. Enfin, un archer revêtu d'une bandoulière, et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de m'apprendre le sujet de ce désordre. Ce n'est rien, monsieur me dit-il; c'est une douzaine de filles de joie que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de-Grâce, où nous les ferons embarquer pour l'Amérique. Il y en a quelques-unes de jolies, et c'est, apparemment ce qui excite la curiosité de ces bons paysans.
J'aurais passé après cette explication, si je n'eusse été arrêté par les exclamations d'une vieille femme qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. De quoi s'agit-il donc? Lui dis-je. Ah! Monsieur entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n'est pas capable de fendre le coeur! La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai, à mon palefrenier. J'entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet, quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu que sa vue m'inspira du respect et de la pitié.
Elle tâchait néanmoins de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs.