Résumé
Commentaire d'un extrait du chapitre 10 du
Livre de ma mère d'Albert Cohen sous la forme d'un plan et d'une analyse linéaire très détaillée.
Sommaire:
Texte
Introduction
I) LE RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE D'UN ÉPISODE CAPITAL ET DOULOUREUX DU PASSÉ AVEC LA DISTANCE DE L'ADULTE
A. La narration d'un acte particulier de méchanceté envers sa mère (passé) et le commentaire rétrospectif (présent): les regrets du fils
B. La dramatisation de l'épisode : une « scène » obsédante, « tatouée dans [son] coeur »
C. Une double plainte pathétique : la souffrance injuste de la mère (passé) et la souffrance inconsolable du fils qui se souvient (présent)
II) L'ÉLOGE LYRIQUE DE SA MÈRE APRÈS SA PERTE TRAGIQUE
A. La tragédie du fils : l'impossible pardon d'une morte
B. Un hommage lyrique fait à la mère : un chant d'amour adressé à une sainte
III) L'ÉCRITURE COMME UNE EXPIATION POUR L'AUTEUR ET UN AVERTISSEMENT AU LECTEUR
A. La confession de la culpabilité : le procès du narrateur par lui-même
B. La généralisation de la faute et d'une situation commune (un fils qui veut prendre un peu de liberté devant une mère-poule) : la portée morale du texte (un avertissement au lecteur)
C. Le rachat par l'écriture
ANALYSE LINÉAIRE (avec rattachement systématique des remarques de détail aux parties et sous-parties adéquates du plan)
Conclusion
Texte analysé:
Je fus méchant avec elle, une fois, et elle ne le méritait pas. Cruauté des fils. Cruauté de cette absurde scène que je fis. Et pourquoi ? Parce que, inquiète de ne pas me voir rentrer, ne pouvant jamais s'endormir avant que son fils ne fût rentré, elle avait téléphoné, à quatre heures du matin, à mes mondains inviteurs qui ne la valaient certes pas. Elle avait téléphoné pour être rassurée, pour être sûre que rien de mal ne m'était arrivé. De retour chez moi, je lui avais fait cette affreuse scène. Elle est tatouée dans mon coeur, cette scène. Je la revois, si humble, ma sainte, devant mes stupides reproches, bouleversante d'humilité, si consciente de sa faute, de ce qu'elle était persuadée être une faute. Si convaincue de sa culpabilité, la pauvre qui n'avait rien fait de mal. Elle sanglotait, ma petite enfant. Oh, ses pleurs que je ne pourrai jamais n'avoir pas fait couler. Oh, ses petites mains désespérées où des taches bleues étaient apparues. Chérie, tu vois, je tâche de me racheter en avouant. Combien nous pouvons faire souffrir ceux qui nous aiment et quel affreux pouvoir de mal nous avons sur eux. Et comme nous faisons usage de ce pouvoir. Et pourquoi cette indigne colère ?
Peut-être parce que son accent étranger et ses fautes de français en téléphonant à ces crétins cultivés m'avaient gêné. Je ne les entendrai plus jamais, ses fautes de français et son accent étranger.