Résumé
Commentaire de texte philosophique. Extrait du
Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de Rousseau portant sur la commisération (pitié). Commentaire de texte entièrement rédigé et très fouillé.
Présentation avec plan détaillé et problématique récapitulé pour comprendre l'articulation du commentaire.
Extrait:
Le
Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes : est un essai philosophique que Jean Jacques Rousseau a publié en 1755, en réponse à un sujet de l'Académie de Dijon intitulé: "Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ?" Sa participation au concours était dans la continuité du Discours sur les sciences et les arts pour lequel il avait déjà été primé en 1750 par cette même académie, mais cette fois-ci il fut quelque peu critiqué... Voltaire dans une lettre du 30 août 1755 écrit à Rousseau: "J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain (...) On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes, il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage." Mais ce Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes pose les fondements d'une philosophie de la Nature qu'il développera encore dans Du contrat social et Émile. Dans cet extrait, Rousseau s'intéresse au sentiment de pitié plus ou moins présent chez l'homme et l'impact de la raison sur celui-ci (...)
Sommaire:
Texte
Structure du commentaire
Introduction
I) Le sentiment de commisération est menacé par la raison et ainsi la nature est mise en péril par le monde civilisé
A. Définition de la commisération
B. La raison engendre l'amour propre qui remplace l'amour de soi présent dans l'état de nature et nécessaire à la conservation de l'homme. L'état civil dénature l'homme et crée un individualisme
C. Rousseau s'attaque au Sage stoïcien. La raison est contre nature : exemple polémique. Homme sauvage s'oppose à l'homme de nature
II) La pitié est le premier sentiment de l'homme et la garante de l'espèce humaine bien qu'un compromit entre la raison et la nature puisse-être envisagé
A. Pitié et amour de soi sont les garants de la nature humaine. L'amour propre est la forme corrompue de l'amour de soi
B. L'homme civil est la forme corrompue de l'homme naturel
C. La pitié est la « douce voix » de la mère présente en chacun des hommes. La morale n'est pas naturelle, elle s'apprend et peut-être naît-elle dans l'état civil
D. Opposition Nature et Raison. Mais la raison n'est pas toujours négative pour l'homme
Conclusion
Texte analysé:
« Quand il serait vrai que la commisération ne serait qu'un sentiment qui nous met à la place de celui qui souffre, sentiment obscur et vif dans l'homme sauvage, développé, mais faible dans l'homme civil, qu'importerait cette idée à la vérité de ce que je dis, sinon de lui donner plus de force? En effet, la commisération sera d'autant plus énergique que l'animal spectateur s'identifiera intimement avec l'animal souffrant. Or il est évident que cette identification a dû être infiniment plus étroite dans l'état de nature que dans l'état de raisonnement. C'est la raison qui engendre l'amour-propre, et c'est la réflexion qui le fortifie; c'est elle qui replie l'homme sur lui-même; c'est elle qui le sépare de tout ce qui le gêne et l'afflige: c'est la philosophie qui l'isole; c'est par elle qu'il dit en secret, à l'aspect d'un homme souffrant: péris si tu veux, je suis en sûreté. Il n'y a plus que les dangers de la société entière qui troublent le sommeil tranquille du philosophe, et qui l'arrachent de son lit. On peut impunément égorger son semblable sous sa fenêtre; il n'a qu'à mettre ses mains sur ses oreilles et s'argumenter un peu pour empêcher la nature qui se révolte en lui de l'identifier avec celui qu'on assassine. L'homme sauvage n'a point cet admirable talent; et faute de sagesse et de raison, on le voit toujours se livrer étourdiment au premier sentiment de l'humanité. Dans les émeutes, dans les querelles des rues, la populace s'assemble, l'homme prudent s'éloigne: c'est la canaille, ce sont les femmes des halles, qui séparent les combattants, et qui empêchent les honnêtes gens de s'entr'égorger.
Il est donc certain que la pitié est un sentiment naturel, qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce. C'est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir: c'est elle qui, dans l'état de nature, tient lieu de lois, de moeurs et de vertu, avec cet avantage que nul n'est tenté de désobéir à sa douce voix: c'est elle qui détournera tout sauvage robuste d'enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs; c'est elle qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée: Fais à autrui comme tu veux qu'on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente: Fais ton bien avec le moindre mal d'autrui qu'il est possible C'est, en un mot, dans ce sentiment naturel, plutôt que dans des arguments subtils, qu'il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme éprouverait à mal faire, même indépendamment des maximes de l'éducation. Quoiqu'il puisse appartenir à Socrate, et aux esprits de sa trempe, d'acquérir de la vertu par raison, il y a longtemps que le genre humain ne serait plus, si sa conservation n'eût dépendu que des raisonnements de ceux qui le composent. »
Jean-Jacques Rousseau
Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes