Résumé
Commentaire de
Moïse sauvé (V, v 221-252) de Saint-Amant.
Extrait:
Comme les mythologies antiques, les légendes bibliques sont une source d'inspiration pour les poètes de toute époque. La simplicité des récits leur permet souvent des variations libres, et l'occasion de couler dans le moule commun leur imaginaire personnel. C'est le cas de Saint-Amant qui dans l'épopée du Moïse sauvé (1653) retrace l'enfance du législateur d'Israël et reprend des épisodes célèbres de sa vie, tel ce passage de la mer Rouge, extrait de la cinquième partie de l'oeuvre (...)
Sommaire:
Introduction
I) Le récit d'un miracle
A. Les éléments du prodige
B. Le peuple délivé
C. Récit et description
II) La transfiguration baroque du monde
A. Un monde à l'envers
B. Un décor extravagant
C. La thématique du miroir
III) Une allégorie du regard humain
A. Une vision stratifiée
B. Eveil et découverte
C. Une valeur initiatique
Conclusion
Passage étudié:
SAINT-AMANT, Moïse sauvé, « Passage de la Mer Rouge » (1653)
L'abîme, au coup donné, s'ouvre jusqu'aux entrailles; De liquides rubis il se fait deux murailles Dont l'espace nouveau se remplit à l'instant Par le peuple qui suit le pilier éclatant. D'un et d'autre côté, ravi d'aise, il se mire; De ce fond découvert le sentier il admire, Sentier que la nature a d'un soin libéral Paré de sablon d'or, et d'arbres de coral3. Qui, plantés tout de rang, forment comme une allée Étendue au travers d'une riche vallée, Et d'où l'ambre découle ainsi qu'on vit le miel Distiller des sapins sous l'heur5 du jeune ciel. Là des chameaux chargés la troupe lente et forte. Foule plus de trésors encor qu'elle n'en porte : On y peut en passant de perles s'enrichir, Et de la pauvreté pour jamais s'affranchir.; Là le noble cheval bondit et prend haleine Où venait dé souffler une lourde baleine; Là passent à pied sec les boeufs et les moutons, Où naguère flottaient les dauphins et les thons; Là l'enfant éveillé, courant sous la licence Que permet à son âge une libre innocence, Va, revient, tourne, saute, et par maint cri joyeux Témoignant le plaisir que reçoivent ses yeux, •D'un étrange caillou, qu'à ses pieds il rencontre, Fait au premier venu la précieuse montre, Ramasse une coquille, et, d'aise transporté, La présente à sa mère avec naïveté; Là, quelque juste effroi qui ses pas sollicite, Et là, près des remparts que l'oeil peut transpercer Les poissons ébahis le regardent passer.