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Balzac, "Le Père Goriot", l'odeur de pension

Littérature | 7 pages | 06-05-2008 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : 10.00/10

PRIX : 1.80€ |
Résumé

Commentaire composé semi-rédigé sur la description de l'ouverture du roman Le Père Goriot d'Honoré de Balzac.

Extrait:

La célèbre « ouverture » du roman d'où est tiré ce passage est un modèle de perfection du réalisme balzacien. Le narrateur sait admirablement pénétrer au cœur des êtres et des lieux, et son regard sur ces lieux permet de saisir aussitôt l'intimité de ceux qui y habitent. Cette description n'est donc pas un préambule gratuit. Elle prépare le drame qui va se jouer : à travers le décor, nous pressentons la présence des personnages (...)

Sommaire:

Introduction

I) L'odeur du salon

A. Une évocation réaliste
B. Une écriture anti-idéaliste
C. La sensation physique des lieux

II) La présence du narrateur

A. Une évocation subjective
B. L'énonciation et le registre ironique
C. La présence émotive du narrateur

III) Une description préparant l'action

A. La fonction de la description
B. L'influence du milieu
C. Des objets reflet des êtres

Conclusion

Texte analysé:

Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu'il faudrait appeler l'odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une salle où l'on a dîné; elle pue le service, l'office, l'hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l'on inventait un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu'y jettent les atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. Eh bien ! malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à manger, qui lui est contiguë, vous trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l'être un boudoir. Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d'assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire. Il s'y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l'appétit, toutes encadrées en bois verni à filets dorés; un cartel en écaille incrustée de cuivre; un poêle vert, des quinquets d'Argand où la poussière se combine avec l'huile, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de style, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas.


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