Résumé
Lecture analytique de l'extrait
Le projet d'écriture tiré de "Lambeaux" de Charles Juliet.
Extrait:
1/ D'abord exprimer sa gratitude aux inspiratrices
• Ce passage propose un portrait conjoint des deux mères, construit à l'aide de parallélismes : « l'esseulée et la vaillante », « l'étouffée et la valeureuse ». L'auteur emploie à cet effet deux adjectifs nominalisés séparés par « et » ainsi qu'une antithèse soulignant l'opposition entre le vide (« l'esseulée », « l'étouffée ») et la présence (« la vaillante », « la valeureuse »). Charles JULIET semble dessiner la silhouette d'une seule mère à qui il doit tout (...)
Sommaire:
Introduction
I) La naissance du projet d'écriture
A. D'abord exprimer sa gratitude aux inspiratrices
B. La genèse de l'oeuvre
C. Entre autobiographie et thérapie
II) Un hommage vibrant plus universel
A. L'auteur comme porte-parole
B. Une écriture poétique
C. Evocation lyrique d'une souffrance
Conclusion
Texte analysé:
Un jour, il te viendra le désir d'entreprendre un récit où tu parleras
de tes deux mères l'esseulée et la vaillante
l'étouffée et la valeureuse la jetée-dans-lafosse et la toute-donnée.
Leurs destins ne se sont jamais croisés, mais l'une par le vide créé,
l'autre par son inlassable présence, elles n'ont cessé de t'entourer, te
protéger, te tenir dans l'ordre de leur douce lumière.
Dire ce que tu leur dois. Entretenir leur mémoire. Leur exprimer ton
amour. Montrer tout ce qui d'elles est passé à toi.
Puis relater ton parcours, cette aventure de la quête de soi dans
laquelle tu as été contraint de t'engager. Tenter d'élucider d'où t'est venu
ce besoin d'écrire. Narrer les rencontres, faits et événements qui t'ont
marqué en profondeur et ont plus tard alimenté tes écrits.
Ce récit aura pour titre Lambeaux. Mais après en avoir rédigé une
vingtaine de pages, tu dois l'abandonner. Il remue en toi trop de choses
pour que tu puisses le poursuivre. Si tu parviens un jour à le mener à
terme, il sera la preuve que tu as réussi à t'affranchir de ton histoire, à
gagner ton autonomie.
Ni l'une ni l'autre de tes deux mères n'a eu accès à la parole. Du
moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister
dans les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne
savais pas t'exprimer, tu as dû longuement lutter pour conquérir le
langage. Et si tu as mené ce combat avec une telle obstination, il te plaît
de penser que ce fut autant pour elles que pour toi.
Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu'en
l'écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras
ce qu'elles ont toujours tu.
Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à
leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots
ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance
ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir jamais été aimés
ceux et celles qui crèvent de se mépriser et de se haïr
ceux et celles qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été
écoutés ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une
plaie ouverte ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans
leur gorge ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale
détresse
Charles JULIET, Lambeaux (pages 149 à 151)