Résumé
Commentaire composé sur le passage de "le bain de mer" tiré de
La mort heureuse de Camus.
Extrait:
- L'épreuve de la maladie à l'âge de 17 ans et la pensée de la mort expliquent sans doute en partie que tout un versant de l'oeuvre de Camus se présente comme un hymne à la vie et à la nature.
- Tous ses romans, même les plus sombres, sont marqués par la passion du soleil et de la mer, qui semble culminer en 1938 avec l'essai qui célèbre les Noces de l'homme avec le monde.
- Mais déjà dans
La mort heureuse, une œuvre de jeunesse publiée de façon posthume, Camus chantait la puissance de l'instant et la communion avec les éléments naturels.
(...)
Sommaire:
Introduction
I) Une plongée régénératrice dans les flots
A. Une description sensuelle
B. La personnification de la mer
C. La perception de son propre corps
II) La communion avec la nature
A. Une joie profonde
B. Une vision poétique
C. Le bonheur physique d'être
D. La plongée, instrument de renaissance
Conclusion
Texte analysé:
Il lui fallait maintenant s'enfoncer dans la mer chaude, se perdre pour se retrouver, nager dans la lune et la tiédeur pour que se taise ce qui en lui restait du passé et que naisse le chant profond de son bonheur. Il se dévêtit, descendit quelques rochers et entra dans la mer. Elle était chaude comme un corps, fuyait le long de son bras, et se collait à ses jambes d'une étreinte insaisissable et toujours présente. Lui, nageait régulièrement et sentait les muscles de son dos rythmer son mouvement. A chaque fois qu'il levait un bras, il lançait sur la mer immense des gouttes d'argent en volées, figurant, devant le ciel muet et vivant, les semailles splendides d'une moisson de bonheur. Puis le bras replongeait et, comme un soc vigoureux, labourait, fendant les eaux en deux pour y prendre un nouvel appui et une espérance plus jeune. Derrière lui, au battement de ses pieds, naissait un bouillonnement d'écume, en même temps qu'un bruit d'eau clapotante, étrangement clair dans la solitude et le silence de la nuit. A sentir sa cadence et sa vigueur, une exaltation le prenait, il avançait plus vite et bientôt il se trouva loin des côtes, seul au cœur de la nuit et du monde. Il songea soudain à la profondeur qui s'étendait sous ses pieds et arrêta son mouvement. Tout ce qu'il avait sous lui l'attirait comme le visage d'un monde inconnu, le prolongement de cette nuit qui le rendait à lui-même, le cœur d'eau et de sel d'une vie encore inexplorée. Une tentation lui vint qu'il repoussa aussitôt dans une grande joie du corps. Il nagea plus fort et plus avant. Merveilleusement las, il retourna vers la rive. A ce moment il entra soudain dans un courant glacé et fut obligé de s'arrêter, claquant les dents et les gestes désaccordés. Cette surprise de la mer le laissait émerveillé. Cette glace pénétrait ses membres et le brûlait comme l'amour d'un Dieu d'une exaltation lucide et passionnée qui le laissait sans force. Il revint plus péniblement et sur le rivage, face au ciel et à la mer, il s'habilla en claquant des dents et en riant de bonheur.