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Littérature

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De Guilleragues, "Lettres de la religieuse portugaise" (Lettre III)

Littérature | 3 pages | 05-05-2008 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : Non noté

PRIX : 3.60€ |
Résumé

Lecture analytique de la troisième lettre de l'oeuvre de De Guilleragues Lettres de la religieuse portugaise.

Extrait:

La ponctuation révèle l'agitation intérieure de la prétendue auteur, qui use et abuse des points d'exclamation et d'interrogation. Les phrases sont brèves, s'enchaînent rapidement, ce qui accentue l'impression d'énumération et d'accumulation. Elle s'exclame vivement « hélas ! », « Ah ! » (...)

Sommaire:

Introduction

I) Des sentiments exacerbés par une passion dévorante
II) Des contradictions déchirantes
III) La mise en scène du destinataire
IV) Les fonctions de la lettre

Conclusion

Texte analysé:

Je ne sais, ni ce que je suis, ni ce que je fais, ni ce que je désire : je suis
déchirée par mille mouvements contraires : Peut-on s'imaginer un état si
déplorable ? Je vous aime éperdument, et je vous ménage assez pour
n'oser, peut-être, souhaiter que vous soyez agité des mêmes transports :
je me tuerais, ou je mourrais de douleur sans me tuer, si j'étais assurée
que vous n'avez jamais aucun repos, que votre vie, n'est que trouble, et
qu'agitation, que vous pleurez sans cesse, et que tout vous est odieux ; je
ne puis suffire à mes maux, comment pourrais-je supporter la douleur que
me donneraient les vôtres, qui me seraient mille fois plus sensibles ?
Cependant je ne puis aussi me résoudre à désirer que vous ne pensiez
point à moi ; et à vous parler sincèrement, je suis jalouse avec fureur de
tout ce qui vous donne de la joie, et qui touche votre coeur, et votre goût
en France. Je ne sais pourquoi je vous écris, je vois bien que vous aurez
seulement pitié de moi, et je ne veux point de votre pitié ; j'ai bien du
dépit contre moi-même, quand je fais réflexion sur tout ce que je vous ai
sacrifié : j'ai perdu ma réputation, je me suis exposée à la fureur de mes
parents, à la sévérité des lois de ce Pays contre les Religieuses, et à votre
ingratitude, qui me parait le plus grand de tous les malheurs : cependant
je sens bien que mes remords ne sont pas véritables, que je voudrais du
meilleur de mon coeur, avoir couru pour l'amour de vous de plus grands
dangers, et que j'ai un plaisir funeste d'avoir hasardé ma vie et mon
honneur ; tout ce que j'ai de plus précieux, ne devait-il pas être en votre
disposition ? Et ne dois-je pas être bien aise de l'avoir employé comme j'ai
fait : il me semble même que je ne suis guère contente ni de mes
douleurs, ni de l'excès de mon amour, quoique je ne puisse, hélas ! me
flatter assez pour être contente de vous ; je vis, infidèle que je suis, et je
fais autant de choses pour conserver ma vie, que pour la perdre. Ah ! j'en
meurs de honte : mon désespoir n'est donc que dans mes Lettres ? Si je
vous aimais autant que je vous l'ai dit mille fois, ne serais-je pas morte, il
y a longtemps ? Je vous ai trompé, c'est à vous de vous plaindre de moi :
Hélas ! pourquoi ne vous en plaignez-vous pas ? Je vous ai vu partir, je ne
puis espérer de vous voir jamais de retour, et je respire cependant : je
vous ai trahi, je vous en demande pardon : mais ne me l'accordez pas ?
Traitez-moi sévèrement ? Ne trouvez point que mes sentiments soient
assez violents ? Soyez plus difficile à contenter ? Mandez-moi que vous
voulez que je meure d'amour pour vous ? Et je vous conjure de me
donner ce secours, afin que je surmonte la faiblesse de mon sexe, et que
je finisse toutes mes irrésolutions par un véritable désespoir ; une fin
tragique vous obligerait sans doute à penser souvent à moi, ma mémoire
vous serait chère, et vous seriez, peut-être, sensiblement touché d'une
mort extraordinaire, ne vaut-elle pas mieux que l'état où vous m'avez
réduite ? Adieu, je voudrais bien ne vous avoir jamais vu. Ah ! je sens
vivement la fausseté de ce sentiment, et je connais dans le moment que
je vous écris, que j'aime bien mieux être malheureuse en vous aimant que
de ne vous avoir jamais vu ; je consens donc sans murmure à ma
mauvaise destinée, puisque vous n'avez pas voulu la rendre meilleure.
Adieu, promettez-moi de me regretter tendrement, si je meurs de
douleur, et qu'au moins la violence de ma Passion vous donne du dégoût
et de l'éloignement pour toutes choses ; cette consolation me suffira, et
s'il faut que je vous abandonne pour toujours, je voudrais bien ne vous
laisser pas à une autre. Ne seriez-vous pas bien cruel de vous servir de
mon désespoir, pour vous rendre plus aimable, et pour faire voir que vous
avez donné la plus grande Passion du monde ? Adieu encore une fois, je
vous écris des lettres trop longues, je n'ai pas assez d'égard pour vous, je
vous en demande pardon, et j'ose espérer que vous aurez quelque
indulgence pour une pauvre insensée, qui ne l'était pas, comme vous
savez, avant qu'elle vous aimât. Adieu, il me semble que je vous parle
trop souvent de l'état insupportable où je suis : cependant je vous
remercie dans le fond de mon coeur du désespoir que vous me causez, et
je déteste la tranquillité, où j'ai vécu, avant que je vous connusse. Adieu,
ma Passion augmente à chaque moment. Ah ! que j'ai de choses à vous
dire !


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