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Document présent dans la catégorie Littérature

Littérature

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Le Clézio, "L'Africain", "Les fourmis"

Littérature | 4.5 pages | 01-05-2008 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : Non noté

PRIX : 3.60€ |
Résumé

Commentaire composé d'une extrait du roman de Jean-Marie Le Clézio L'Africain consacré aux fourmis.

Extrait:

L'opposition fourmis/enfant, très présente dans le texte, met en valeur la supériorité des fourmis sur le petit garçon à tous les niveaux : l'agresseur a toujours l'avantage sur l'agressé (...)

Extrait analysé:

Les fourmis, à Ogoja, étaient des insectes monstrueux de la variété
exectoïde, qui creusaient leurs nids à dix mètres de profondeur sous la
pelouse du jardin, où devaient vivre des centaines de milliers d'individus.
Au contraire des termites, doux et sans défense, incapables dans leur
cécité de causer le moindre mal, sauf celui de ronger le bois vermoulu des
habitations et les troncs des arbres déchus, les fourmis étaient rouges,
féroces, dotées d'yeux et de mandibules, capables de sécréter du poison
et d'attaquer quiconque se trouvait sur leur chemin. C'étaient elles les
véritables maîtresses d'Ogoja.
Je garde le souvenir cuisant de ma première rencontre avec les fourmis,
dans les jours qui ont suivi mon arrivée. Je suis dans le jardin, non loin de
la maison. Je n'ai pas remarqué le cratère qui signale l'entrée de la
fourmilière. Tout d'un coup, sans que je m'en sois rendu compte, je suis
entouré par des milliers d'insectes. D'où viennent-ils ? J'ai dû pénétrer
dans la zone dénudée qui entoure l'orifice de leurs galeries. Ce n'est pas
tant des fourmis que je me souviens, que de la peur que je ressens. Je
reste immobile, incapable de fuir, incapable de penser, sur le sol tout à
coup mouvant, formant un tapis de carapaces, de pattes et d'antennes qui
tourne autour de moi et resserre son tourbillon, je vois les fourmis qui ont
commencé à monter sur mes chaussures, qui s'enfoncent entre les mailles
de ces fameuses chaussettes de laine imposées par mon père. Au même
instant je ressens la brûlure des premières morsures, sur mes chevilles, le
long de mes jambes. L'affreuse impression, la hantise d'être mangé
vivant. Cela dure quelques secondes, des minutes, un temps aussi long
qu'un cauchemar. Je ne m'en souviens pas, mais j'ai dû crier, hurler
même, parce que, l'instant d'après, je suis secouru par ma mère qui
m'emporte dans ses bras et, autour de moi, devant la terrasse de la
maison, il y a mon frère, les garçons du voisinage, ils regardent en
silence, est-ce qu'ils rient ? Est-ce qu'ils disent : Small boy him cry ? Ma
mère ôte mes chaussettes, retournées délicatement comme on enlèverait
une peau morte, comme si j'avais été fouetté par des branches épineuses,
je vois mes jambes couvertes de points sombres où perle une goutte de
sang, ce sont les têtes des fourmis accrochées à la peau, leurs corps ont
été arrachés au moment où ma mère retirait mes chaussettes. Leurs
mandibules sont enfoncées profondément, il faut les extraire une par une
avec une aiguille trempée dans l'alcool.
Une anecdote, une simple anecdote. D'où vient que j'en garde la marque,
comme si les morsures des fourmis guerrières étaient encore sensibles,
que tout cela s'était passé hier ? Sans doute est-ce mêlé de légende, de
rêve.


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