Résumé
Lecture analytique semi-rédigée du passage "La croisade apocalyptique" tiré de
Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.
Extrait:
1/ Des verbes de réflexion à la première personne
· Les verbes utilisés par le narrateur, à la première personne, ne sont
pas des verbes d'action mais de pensée : « j'en étais assuré »,
« jamais je n'avais senti », « je conçus », « pensais-je », « je le
concevais »
Sommaire:
Introduction
I) Les réflexions et les interrogations du narrateur
A. Des verbes de réflexion à la première personne
B. De nombreuses interrogations et exclamations
C. Les modalisateurs
D. L'état psychologique du narrateur
II) Une évocation péjorative de la guerre
A. L'insistance sur les chiffres, l'utilisation du pluriel
B. L'insistance sur l'action guerrière
C. Le caractère péjoratif de l'évocation
III) La situation d'un homme face à la guerre
A. La capacité de juger
B. La capacité et la volonté de porter un témoignage
Conclusion
Passage analysé:
Ce colonel, c´était donc un monstre ! À présent, j´en étais assuré, pire qu'un chien, il n´imaginait pas son trépas ! Je conçus en même temps qu´il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre armée, des
braves, et puis tout autant sans doute dans l´armée d´en face. Qui savait
combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dès lors ma
frousse devint panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité
infernale pouvait continuer indéfiniment... Pourquoi s´arrêteraient-ils ?
Jamais je n´avais senti plus implacable la sentence des hommes et des
choses.
Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? Pensais-je. Et avec quel effroi
!... Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés
jusqu´aux cheveux ? Avec casques, sans casques, sans chevaux, sur
motos, hurlants, en autos, sifflants, tirailleurs, comploteurs, volants, à
genoux, creusant, se défilant, caracolant dans les sentiers, pétaradant,
enfermés sur la terre, comme dans un cabanon, pour y tout détruire,
Allemagne, France et Continents, tout ce qui respire, détruire, plus
enragés que les chiens, adorant leur rage (ce que les chiens ne font pas)
cent mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux!
Nous étions jolis! Décidément, je le concevais, je m´étais embarqué dans
une croisade apocalyptique.
CELINE, Voyage au bout de la nuit (1932)