Résumé
Commentaire composé semi-rédigé de l'incipit de
L'Amant de Marguerite Duras.
Extrait:
1/ Le sens de l'anecdote initiale
- L'hommage de l'inconnu au visage « détruit » de la femme âgée qu'est devenue Marguerite Duras fonde le récit autobiographique.
- L'Amant sera le récit de cette destruction.
- (...)
Sommaire:
Introduction
I) Un épisode fondateur
A. Le sens de l'anecdote initiale
B. L'emploi des temps
II) La quête de soi
A. La question de l'identité
B. Deux moment liés
III) Une écriture originale
A. Le discours parlé
B. L'image « é merveillante »
Conclusion
Passage analysé:
Un jour, j'étais âgée déjà, dans le hall d'un lieu public, un homme est
venu vers moi. Il s'est fait connaître et il m'a dit : « Je vous connais
depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez
jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle
maintenant que lorsque vous étiez jeune, j'aimais moins votre visage de
jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »
Je pense souvent à cette image que je suis seule à voir encore et dont je
n'ai jamais parlé. Elle est toujours là dans le même silence, émerveillante.
C'est entre toutes celle qui me plaît de moi-même, celle où je me
reconnais, où je m'enchante.
Très vite dans ma vie il a été trop tard. À dix-huit ans il était déjà trop
tard. Entre dix-huit et vingt-cinq ans mon visage est parti dans une
direction imprévue. À dix-huit ans j'ai vieilli. Je ne sais pas si c'est tout le
monde, je n'ai jamais demandé. Il me semble qu'on m'a parlé de cette
poussée du temps qui vous frappe quelquefois alors qu'on traverse les
âges les plus jeunes, les plus célébrés de la vie. Ce vieillissement a été
brutal. Je l'ai vu gagner un à un mes traits, changer le rapport qu'il y avait
entre eux, faire les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus
définitive, marquer le front de cassures profondes. Au contraire d'en être
effrayée j'ai vu s'opérer ce vieillissement de mon visage avec l'intérêt que
j'aurais pris par exemple au déroulement d'une lecture. Je savais aussi
que je ne me trompais pas, qu'un jour il se ralentirait et qu'il prendrait
son cours normal. Les gens qui m'avaient connue à dix-sept ans lors de
mon voyage en France ont été impressionnés quand ils m'ont revue, deux
ans après, à dix-neuf ans. Ce visage-là, nouveau, je l'ai gardé. Il a été
mon visage. Il a vieilli encore bien sûr, mais relativement moins qu'il
n'aurait dû. J'ai un visage lacéré de rides sèches et profondes, à la peau
cassée. Il ne s'est pas affaissé comme certains visages à traits fins, il a
gardé les mêmes contours mais sa matière est détruite. J'ai un visage
détruit.
Marguerite DURAS, L'Amant (1984), début du roman.