Résumé
Commentaire composé du passage "La rencontre avec le riche chinois" tiré de l'oeuvre de Marguerite Duras
L'Amant.
Extrait:
1/ Une scène traditionnelle
- Le roman contemporain se plaît souvent à jouer avec la tradition. Il
semble ici que l'auteur reprenne à son compte un lieu commun, un
topos de la littérature amoureuse : celui de la première rencontre ou
du coup de foudre.
- (...)
Sommaire:
Introduction
I) La scène de la première rencontre
A. Une scène traditionnelle
B. L'effet de distanciation
C. L'ambiguïté de la figure masculine
D. L'ambiguïté de la jeune fille
II) La peinture du monde colonial
A. Le contexte racial
B. Le motif romanesque de l'amour impossible
C. Les considérations financières
III) Caractéristiques du récit
A. Les types de discours
B. Polyphonie des modes d'expression
C. Les silences du texte
D. La platitude voulue du style
Conclusion
Passage étudié:
La scène se passe en Indochine, à l'époque coloniale au début du XX ème
siècle. La narratrice, une jeune fille d'origine française est âgée alors de
quinze ans et demi s'apprête à traverser le fleuve, sur le débarcadère.
Là, elle est abordée par un jeune et riche Chinois. Pensionnaire à Saigon,
elle prend le bac pour rejoindre sa mère à Sadec, sur le fleuve Mékong.
Alors qu'elle s'apprête à traverser le fleuve, sur le débarcadère, elle est
abordée par un jeune et riche Chinois.
L'homme élégant est descendu de la limousine (1), il fume une cigarette
anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d'homme et aux chaussures
d'or. Il vient vers elle lentement. C'est visible, il est intimidé. Il ne sourit
pas tout d'abord. Tout d'abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble.
Il y a cette différence de race, il n'est pas blanc, il doit la surmonter, c'est
pourquoi il tremble. Elle lui dit qu'elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit
rien d'autre, elle ne lui dit pas laissez-moi tranquille. Alors il a moins peur.
Alors il lui dit qu'il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n'est pas la peine
qu'elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande :
mais d'où venez-vous ? Elle dit qu'elle est la fille de l'institutrice de l'école
de filles de Sadec. Il réfléchit et puis il dit qu'il a entendu parler de cette
dame, sa mère, de son manque de chance avec cette concession (2)
qu'elle aurait achetée au Cambodge, c'est bien ça, n'est-ce pas ? Oui c'est
ça.
Il répète que c'est tout à fait extraordinaire de la voir sur ce bac, une
jeune fille belle comme elle l'est, vous ne vous rendez pas compte, c'est
très inattendu, une jeune fille blanche dans un car d'indigène.
Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c'est... original
... un chapeau d'homme, pourquoi pas ? elle est si jolie, elle peut tout se
permettre.
Marguerite Duras, L'Amant, 1984.
(1) Limousine : grosse automobile
(2) Concession : vaste plantation