Résumé
Lecture analytique d'un extrait de
Madame Hermet de Guy de Maupassant.
Extrait:
- Pour le narrateur, la folie est un produit de l'imagination « échappée
dans le pays illimité de la fantaisie ».
- L'énumération qui ouvre le second paragraphe comporte un vocabulaire très significatif : « impossible », « invraisemblable », « féerique », « surnaturel » : autant de notions qui font référence à l'imaginaire, à tout ce qui ne peut pas exister.
- (...)
Sommaire:
Introduction
I) Eloge de la folie
A. La revanche de l'imagination
B. La clé des champs
C. Une image du bonheur
II) Le vertige du narrateur
A. La fascination
B. Le sursaut
C. Le pessimisme
Conclusion
Passage analysé
Les fous m'attirent. Ces gens-là vivent dans un pays mystérieux de
songes bizarres, dans ce nuage impénétrable de la démence où tout ce
qu'ils ont vu sur la terre, tout ce qu'ils ont aimé, tout ce qu'ils ont fait
recommence pour eux dans une existence imaginée en dehors de toutes
les lois qui gouvernent les choses et régissent la pensée humaine.
Pour eux l'impossible n'existe plus, l'invraisemblable disparaît, le
féerique devient constant et le surnaturel familier. Cette vieille barrière, la
logique,. cette vieille muraille, la raison, cette vieille rampe des idées, le
bon sens, se brisent, s'abattent, s'écroulent devant leur imagination
lâchée en liberté, échappée dans le pays illimité de la fantaisie, et qui va
par bonds fabuleux sans que rien l'arrête. Pour eux tout arrive et tout
peut arriver. Ils ne font point d'efforts pour vaincre les événements,
dompter les résistances, renverser les obstacles. Il suffit d'un caprice de
leur volonté illusionnante pour qu'ils soient princes, empereurs ou dieux,
pour qu'ils possèdent toutes les richesses du monde, toutes les choses
savoureuses de la vie, pour qu'ils jouissent de tous les plaisirs, pour qu'ils
soient toujours forts, toujours beaux, toujours jeunes, toujours chéris !
Eux seuls peuvent être heureux sur la terre, car, pour eux, la Réalité
n'existe plus. J'aime à me pencher sur leur esprit vagabond, comme on se
penche sur un gouffre où bouillonne tout au fond un torrent inconnu, qui
vient on ne sait d'où et va on ne sait où.
Mais à rien ne sert de se pencher sur ces crevasses, car jamais on ne
pourra savoir d'où vient cette eau, où va cette eau. Après tout, ce n'est
que de l'eau pareille à celle qui coule au grand jour, et la voir ne nous
apprendrait pas grand-chose.
A rien ne sert non plus de se pencher sur l'esprit des fous, car leurs
idées les plus bizarres ne sont, en somme, que des idées déjà connues,
étranges seulement, parce qu'elles ne sont pas enchaînées par la Raison.