Résumé
Commentaire composé semi-rédigé de la lettre 14 des
Lettres persanes de Montesquieu.
Extrait:
A. Une société fondée sur la justice, la liberté et la vertu
- Champs lexicaux : "juste", "vertu", "députés", "libres".
- Les valeurs qui sont au fondement de la démocratie : justice,
liberté, vertu. Cette vertu, pour Montesquieu, vient de la nature
(« par le seul penchant de la nature ») (...)
Sommaire:
Introduction
I) Les idées fondamentales de la démocratie
A. Une société fondée sur la justice, la liberté et la vertu
B. Un contrat social
C. Principes d'austérité et de rigueur
II) Rejet du gouvernement monarchique
A. Forme pourtant modérée
B. Perte de la liberté
C. Perte des valeurs morales, de la vertu
III) Figure du vieillard (quel modèle incarne-t-il ?)
A. Modèle du citoyen
B. Contre-modèle du despote (= tyran), du monarque absolu
Conclusion
Lettre analyése:
Usbek au même
Comme le peuple grossissait tous les jours, les Troglodytes crurent qu'il
était à propos de se choisir un roi : ils convinrent qu'il fallait déférer la
couronne à celui qui était le plus juste; et ils jetèrent tous les yeux sur un
vieillard vénérable par son âge et par une longue vertu. Il n'avait pas
voulu se trouver à cette assemblée; il s'était retiré dans sa maison, le
coeur serré de tristesse.
Lorsqu'on lui envoya des députés pour lui apprendre le choix qu'on avait
fait de lui : « A Dieu ne plaise, dit-il, que je fasse ce tort aux Troglodytes,
que l'on puisse croire qu'il n'y a personne parmi eux de plus juste que moi
! Vous me déférez la couronne, et, si vous le voulez absolument, il faudra
bien que je la prenne ; mais comptez que je mourrai de douleur d'avoir vu
en naissant les Troglodytes libres, et de les voir aujourd'hui assujettis. A
ces mots, il se mit à répandre un torrent de larmes. Malheureux jour !
disait-il; et pourquoi ai-je tant vécu ? » Puis il s'écria d'une voix sévère :
« Je vois bien ce que c'est, ô Troglodytes ! Votre vertu commence à vous
peser. Dans l'état où vous êtes, n'ayant point de chef, il faut que vous
soyez vertueux malgré vous; sans cela vous sauriez subsister, et vous
tomberiez dans le malheur de vos premiers pères. Mais ce joug vous
paraît trop dur : vous aimez mieux être soumis à un prince, et obéir à ses
lois, moins rigides que vos moeurs. Vous savez que pour lors vous pourrez
contenter votre ambition, acquérir des richesses, et languir dans une
lâche volupté ; et que, pourvu que vous évitiez de tomber dans les grands
crimes, vous n'aurez pas besoin de la vertu. » Il s'arrêta un moment, et
ses larmes coulèrent plus que jamais. « Et que prétendez-vous que je
fasse ? Comment se peut-il que je commande quelque chose à un
Troglodyte ? Voulez-vous qu'il fasse une action vertueuse parce que je la
lui commande, lui qui la ferait tout de même sans moi, et par le seul
penchant de la nature ? Ô Troglodytes ! Je suis à la fin de mes jours, mon
sang est glacé dans mes veines, je vais bientôt revoir vos sacrés aïeux :
pourquoi voulez-vous que je les afflige, et que je sois obligé de leur dire
que je vous ai laissés sous un autre joug que celui de la Vertu ? »