Résumé
Commentaire composé du chapitre 40 tiré du deuxième tome de l'oeuvre de Stendhal
Le Rouge et le Noir intitulé "Lettre de Mme Renâl aux jurés".
Extrait:
Cette lettre relève de l'initiative personnelle de son auteur, qui a ainsi trouvé le moyen de plaider la clémence des jurés sans se rendre physiquement au tribunal (...)
Sommaire:
Introduction
I) Une lettre adressée aux jurés du tribunal de Besançon par Mme de Rênal
II) Des arguments portés par une émotion palpable
III) Une émouvante supplique savamment calculée
Conclusion
Texte analysé:
Malgré toutes les promesses de prudence faites au directeur de sa
conscience et à son mari, à peine arrivée à Besançon elle écrivit de sa
main à chacun des trente-six jurés :
– « Je ne paraîtrai point le jour du jugement monsieur parce que ma
présence pourrait jeter de la défaveur sur la cause de M. Sorel. Je ne
désire qu'une chose au monde et avec passion, c'est qu'il soit sauvé. N'en
doutez point, l'affreuse idée qu'à cause de moi un innocent a été conduit à
la mort empoisonnerait le reste de ma vie et sans doute l'abrégerait.
Comment pourriez-vous le condamner à mort, tandis que moi je vis ?
Non, sans doute, la société n'a point le droit d'arracher la vie, et surtout à
un être tel que Julien Sorel. Tout le monde, à Verrières, lui a connu des
moments d'égarement. Ce pauvre jeune homme a des ennemis puissants
; mais, même parmi ses ennemis (et combien n'en a-t-il pas !) quel est
celui qui met en doute ses admirables talents et sa science profonde ? Ce
n'est pas un sujet ordinaire que vous allez juger, monsieur. Durant près
de dix-huit mois, nous l'avons tous connu pieux, sage, appliqué ; mais,
deux ou trois fois par an, il était saisi par des accès de mélancolie qui
allaient jusqu'à l'égarement. Toute la ville de Verrières, tous nos voisins
de Vergy où nous passons la belle saison, ma famille entière, M. le souspréfet
lui-même, rendront justice à sa piété exemplaire ; il sait par coeur
toute la sainte Bible. Un impie se fût-il appliqué pendant des années à
apprendre le livre saint ? Mes fils auront l'honneur de vous présenter cette
lettre : ce sont des enfants. Daignez les interroger, monsieur, ils vous
donneront sur ce pauvre jeune homme tous les détails qui seraient encore
nécessaires pour vous convaincre de la barbarie qu'il y aurait à le
condamner. Bien loin de me venger, vous me donneriez la mort.