Résumé
Commentaire composé semi-rédigé sur l'Acte I Scène 8 de la pièce de théâtre de Marivaux intitulée
Le Jeu de l'amour et du hasard.
Extrait:
Le Jeu de l'amour et du hasard est une comédie en prose de Marivaux. On y retrouve le travestissement comme dans L'île des esclaves, mais il est ici ignoré des personnages (du moins pour la moitié). C'est une pièce originale dans l'œuvre de Marivaux, puisque c'est la première fois que le jeu du déguisement amoureux est poursuivi jusqu'au bout (...)
Sommaire:
Introduction
I) Un langage qui ne trompe pas
A. Difficultés lexicales et syntaxiques
B. Les fautes de goût
II) L'attitude de Silvia
A. Une double attitude
B. Dorante
C. Complexité et prise de conscience
III) Une réflexion sur le langage
A. Langage des valets et des maîtres
B. Personnalité des maîtres et des valets
C. Une société fermée
Conclusion
Texte analysé:
Dorante, Silvia, Arlequin
Arlequin. - Ah, te voilà, Bourguignon ; mon porte-manteau et toi, avez-vous été bien reçus ici ?
Dorante. - Il n'était pas possible qu'on nous reçût mal, Monsieur.
Arlequin. - Un domestique là-bas m'a dit d'entrer ici, et qu'on allait avertir mon beau-père qui était avec ma femme.
Silvia. - Vous voulez dire Monsieur Orgon et sa fille, sans doute, Monsieur ?
Arlequin. - Eh oui, mon beau-père et ma femme, autant vaut ; je viens pour épouser, et ils m'attendent pour être mariés ; cela est convenu, il ne manque plus que la cérémonie, qui est une bagatelle.
Silvia. - C'est une bagatelle qui vaut bien la peine qu'on y pense.
Arlequin. - Oui, mais quand on y a pensé on n'y pense plus.
Silvia, bas à Dorante. - Bourguignon, on est homme de mérite à bon marché chez vous, ce me semble ?
Arlequin. - Que dites-vous là à mon valet, la belle ?
Silvia. - Rien, je lui dis seulement que je vais faire descendre Monsieur Orgon.
Arlequin. - Et pourquoi ne pas dire mon beau-père, comme moi ?
Silvia. - C'est qu'il ne l'est pas encore.
Dorante. - Elle a raison, Monsieur, le mariage n'est pas fait.
Arlequin. - Eh bien, me voilà pour le faire.
Dorante. - Attendez donc qu'il soit fait.
Arlequin. - Pardi, voilà bien des façons pour un beau-père de la veille ou du lendemain.
Silvia. - En effet, quelle si grande différence y a-t-il entre être marié ou ne l'être pas ? Oui, Monsieur, nous avons tort, et je cours informer votre beau-père de votre arrivée.
Arlequin. - Et ma femme aussi, je vous prie ; mais avant que de partir, dites-moi une chose, vous qui êtes si jolie, n'êtes-vous pas la soubrette de l'hôtel ?
Silvia. - Vous l'avez dit.
Arlequin. - C'est fort bien fait, je m'en réjouis : croyez-vous que je plaise ici, comment me trouvez-vous ?
Silvia. - Je vous trouve... plaisant.
Arlequin. - Bon, tant mieux, entretenez-vous dans ce sentiment-là, il pourra trouver sa place.
Silvia. - Vous êtes bien modeste de vous en contenter, mais je vous quitte, il faut qu'on ait oublié d'avertir votre beau-père, car assurément il serait venu, et j'y vais.
Arlequin. - Dites-lui que je l'attends avec affection.
Silvia, à part. - Que le sort est bizarre ! aucun de ces deux hommes n'est à sa place.