Résumé
Commentaire compose semi-rédigé du prologue des
Confessions de Rousseau.
Extrait:
Ce texte est le début des « Confessions », première grande oeuvre autobiographique qui fut le point de départ d'une vogue particulière pour ce type d'écrit (...)
Sommaire:
Introduction
I) Un projet autobiographique original et unique
A. Un projet unique
B. C'est aussi et surtout un homme unique
II) Objectifs et difficultés de l'entreprise autobiographique
A. Bilan d'une vie
B. Entreprise de justification
C. Approfondissement de la connaissance de soi
D. Recherche de la vérité
E. Limites de l'entreprise autobiographique
Conclusion
Texte analysé:
Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution
n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme
dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait
comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun
de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la
nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est
ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je
viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je
dirai hautement : voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai
dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais,
rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement
indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon
défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être,
jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus,
méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai
été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel,
rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils
écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils
rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son
coeur aux pieds de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te
dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là.