Résumé
Commentaire composé de l'extrait "De la présomption" tiré des
Essais de Montaigne.
Extrait
Le passé qui est marqué par l'équilibre au niveau de la santé et du tempérament (lignes 1 à 6). Il a une bonne constitution mais sans excès : "entre", "non pas ... mais", "moyennement" (...)
Sommaire:
Introduction
I) Réflexion générale sur la vieillesse
II) Autoportrait centré sur les incapacités de Montaigne
III) Autoportrait où l'auteur prend ses distances grâce à l'humour
Conclusion
Texte analysé
J'ay au demeurant, la taille forte et ramassée, le visage, non pas gras,
mais plein, la complexion entre le jovial
et le melancholique, moyennement sanguine et chaude,
Unde rigent setis mihi crura, et pectora villis :
La santé, forte et allegre, jusques bien avant en mon aage, rarement
troublée par les maladies. J'estois tel, car
je ne me considere pas à cette heure, que je suis engagé dans les
avenues de la vieillesse, ayant pieça franchy
les quarante ans.
minutatim vires Et robur adultum
Frangit, et in partem pejorem liquitur ætas.
Ce que je seray doresnavant, ce ne sera plus qu'un demy estre : ce ne
sera plus moy : Je m'eschappe tous les
jours, et me desrobbe à moy :
Singula de nobis anni prædantur euntes.
D'addresse et de disposition, je n'en ay point eu ; et si suis fils d'un pere
dispost, et d'une allegresse qui luy
dura jusques à son extreme vieillesse. Il ne trouva guere homme de sa
condition, qui s'egalast à luy en tout
exercice de corps : comme je n'en ay trouvé guere aucun, qui ne me
surmontast ; sauf au courir, en quoy
j'estoy des mediocres. De la Musique, ny pour la voix, que j'y ay
tres-inepte, ny pour les instrumens, on ne
m'y a jamais sçeu rien apprendre. A la danse, à la palme, à la lucte, je n'y
ay peu acquerir qu'une bien fort
legere et vulgaire suffisance : à nager, à escrimer, à voltiger, et à saulter,
nulle du tout. Les mains, je les ay si
gourdes, que je ne sçay pas escrire seulement pour moy ; de façon, que
ce que j'ay barbouillé, j'ayme mieux
le refaire que de me donner la peine de le demesler, et ne ly guere mieux.
Je me sens poiser aux escoutans :
autrement bon clerc. Je ne sçay pas clorre à droit une lettre, ny ne sçeuz
jamais tailler plume, ny trancher à
table, qui vaille, ny equipper un cheval de son harnois, ny porter à poinct
un oyseau, et le lascher : ny parler
aux chiens, aux oyseaux, aux chevaux.
Mes conditions corporelles sont en somme tresbien accordantes à celles de
l'ame, il n'y a rien d'allegre : il y a
seulement une vigueur pleine et ferme. Je dure bien à la peine, mais j'y
dure, si je m'y porte moy-mesme, et
autant que mon desir m'y conduit.