Résumé
Commentaire composé de l'extrait
Des Cannibales issu des
Essais de Montaigne.
Extrait:
Ils vivent en communauté :
- Leurs activités : danses associées au chant, à la musique = société ludique (impression de gaîté).
- Leurs fonctions : s'occuper du breuvage (femmes), et la chasse aux bêtes (...)
Sommaire:
Introduction
I) La description de cette civilisation
A. Situation géographique de cette civilisation
B. La nature, une place importante
C. L'organisation de cette société
II) Authenticité des propos
A. Les marques de l'authenticité
B. Soucis documentaires
Conclusion
Texte analysé:
Hos natura modos primùm dedit.
Au demeurant, ils vivent en une contrée de païs tres-plaisante, et bien
temperée : de façon qu'à ce que m'ont
dit mes tesmoings, il est rare d'y voir un homme malade : et m'ont
asseuré, n'en y avoir veu aucun tremblant,
chassieux, edenté, ou courbé de vieillesse. Ils sont assis le long de la mer,
et fermez du costé de la terre, de
grandes et hautes montaignes, ayans entre-deux, cent lieuës ou environ
d'estendue en large. Ils ont grande
abondance de poisson et de chairs, qui n'ont aucune ressemblance aux
nostres ; et les mangent sans autre
artifice, que de les cuire. Le premier qui y mena un cheval, quoy qu'il les
eust pratiquez à plusieurs autres
voyages, leur fit tant d'horreur en cette assiette, qu'ils le tuerent à coups
de traict, avant que le pouvoir
recognoistre. Leurs bastimens sont fort longs, et capables de deux ou trois
cents ames, estoffez d'escorse de
grands arbres, tenans à terre par un bout, et se soustenans et appuyans
l'un contre l'autre par le feste, à la
mode d'aucunes de noz granges, desquelles la couverture pend jusques à
terre, et sert de flanq. Ils ont du bois
si dur qu'ils en coupent et en font leurs espées, et des grils à cuire leur
viande. Leurs licts sont d'un tissu de
cotton, suspenduz contre le toict, comme ceux de noz navires, à chacun le
sien : car les femmes couchent à
part des maris. Ils se levent avec le Soleil, et mangent soudain apres
s'estre levez, pour toute la journée : car
ils ne font autre repas que celuy-là. Ils ne boivent pas lors, comme
Suidas dit, de quelques autres peuples
d'Orient, qui beuvoient hors du manger : ils boivent à plusieurs fois sur
jour, et d'autant. Leur breuvage est
faict de quelque racine, et est de la couleur de noz vins clairets. Ils ne le
boivent que tiede : Ce breuvage ne
se conserve que deux ou trois jours : il a le goust un peu picquant,
nullement fumeux, salutaire à l'estomach,
et laxatif à ceux qui ne l'ont accoustumé : c'est une boisson
tres-aggreable à qui y est duit. Au lieu du pain
ils usent d'une certaine matiere blanche, comme du coriandre confit. J'en
ay tasté, le goust en est doux et un
peu fade. Toute la journée se passe à dancer. Les plus jeunes vont à la
chasse des bestes, à tout des arcs. Une
partie des femmes s'amusent cependant à chauffer leur breuvage, qui est
leur principal office. Il y a quelqu'un
des vieillards, qui le matin avant qu'ils se mettent à manger, presche en
commun toute la grangée, en se
promenant d'un bout à autre, et redisant une mesme clause à plusieurs
fois, jusques à ce qu'il ayt achevé le
tour (car ce sont bastimens qui ont bien cent pas de longueur) il ne leur
recommande que deux choses, la
vaillance contre les ennemis, et l'amitié à leurs femmes. Et ne faillent
jamais de remarquer cette obligation,
pour leur refrein, que ce sont elles qui leur maintiennent leur boisson tiede
et assaisonnée. Il se void en
plusieurs lieux, et entre autres chez moy, la forme de leurs lits, de leurs
cordons, de leurs espées, et brasselets
de bois, dequoy ils couvrent leurs poignets aux combats, et des grandes
cannes ouvertes par un bout, par le
son desquelles ils soustiennent la cadance en leur dance. Ils sont raz par
tout, et se font le poil beaucoup plus
nettement que nous, sans autre rasouër que de bois, ou de pierre. Ils
croyent les ames eternelles ; et celles qui
ont bien merité des dieux, estre logées à l'endroit du ciel où le Soleil se
leve : les maudites, du costé de
l'Occident.
Ils ont je ne sçay quels Prestres et Prophetes, qui se presentent bien
rarement au peuple, ayans leur demeure
aux montaignes. A leur arrivée, il se faict une grande feste et assemblée
solennelle de plusieurs villages,
(chaque grange, comme je l'ay descrite, faict un village, et sont environ à
une lieuë Françoise l'une de l'autre)
Ce Prophete parle à eux en public, les exhortant à la vertu et à leur devoir
: mais toute leur science ethique
ne contient que ces deux articles de la resolution à la guerre, et affection
à leurs femmes. Cettuy-cy leur
prognostique les choses à venir, et les evenemens qu'ils doivent esperer
de leurs entreprinses : les achemine
ou destourne de la guerre : mais c'est par tel si que où il faut à bien
deviner, et s'il leur advient autrement
qu'il ne leur a predit, il est haché en mille pieces, s'ils l'attrapent, et
condamné pour faux Prophete. A cette
cause celuy qui s'est une fois mesconté, on ne le void plus.