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Littérature

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Montaigne, "De l'amitié", (Essais - I, 28)

Littérature | 2.5 pages | 03-04-2008 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : Non noté

PRIX : 3.60€ |
Résumé

Commentaire composé semi-rédigé d'un extrait tiré des "Essais" intitulé De l'amitié (I, 28).

Extrait:

Tandis que les "accointances" ordinaires se nouent par l'effet du hasard, l'amitié de Montaigne et La Boétie est voulue par le destin, qui a mis en présence les deux hommes et les a fait se reconnaître l'un et l'autre (...)

Sommaire:

Introduction

I) Une amitié exceptionnelle

A. Une amitié voulue par le destin
B. Une amitié unique

II) Une expérience des limites

A. L'ineffable
B. La fusion

Conclusion

Texte analysé:

Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne
sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou
commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié
de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un
mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui
les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela
ne se peut exprimer qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que
c'était moi ».
Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire
particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice
de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par
des rapports que nous entendions l'un de l'autre, qui faisaient en notre
affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par
quelque ordonnance du ciel; nous nous embrassions par nos noms. Et à
notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et
compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés
entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Il
écrivit une satyre latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse
et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue
à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé (car nous
étions tous deux hommes faits, et lui de quelques années de plus), elle
n'avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés
molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et
préalable conversation. Celle-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même, et
ne se peut rapporter qu'à soi. Ce n'est pas une spéciale considération, ni
deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de
tout ce mélange, qui, ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et
se perdre dans la sienne; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se
plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille.
Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni
qui fût ou sien, ou mien.

Essais (1580-1595), Livre Ier, chapitre XXVIII.


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