Résumé
Commentaire composé sur un extrait de l'oeuvre de Diderot
Supplément au voyage de Bougainville, il s'agit du dialogue entre A et B.
Extrait:
Dans ce passage, extrait du chapitre 2, Bougainville va partir, les tahitiens pleurent un vieux tahitien, qui prononce un double discours :
- Dans une première partie, il s'adresse aux tahitiens en décrivant un avenir de violence et d'esclavage.
- Puis il s'adresse à Bougainville.
- Idée et tonalité : Réflexion sociologique et ethnologique ; Diderot développe ici le mythe du "bon sauvage", une présentation très élogieuse de la vie exotique et primitive alors que l'attitude des colonisateurs est dépeinte sous une apparence condamnable. Opposition radicale de deux modes de vie ; les thèmes essentiels étant les contraintes morales et la liberté.
(...)
Sommaire:
Introduction
I) Discours
A. Situation de communication orale
B. Rôle des interlocuteurs
II) Discours qui prend position par rapport à deux modes de vie différents
A. Méfaits de la civilisation
B. Eloge de la vie des tahitiens
III) Volonté de persuader
A. Assurance du ton
B. Jeu de symétrie
C. Jeu des hypothèses inversées
Conclusion
Texte analysé:
Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta: "Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive: nous sommes innocents, nous sommes heureux; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes; tu as partagé ce privilège avec nous; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr; vous vous êtes égorgés pour elles; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon: qui es-tu donc, pour faire des esclaves? Orou! Toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l'as dit à moi, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal: Ce pays est à nous. Ce pays est à toi! et pourquoi? Parce que tu y as mis le pied? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres: Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu?... Tu n'es pas esclave: tu souffrirais la mort plutôt que de l'être, et tu veux nous asservir! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi? Tu es venu; nous sommes-nous jetés sur ta personne? Avons-nous pillé ton vaisseau? T'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis? T'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux? Nous avons respecté notre image en toi.
"Laisse nous nos moeurs; elles sont plus sages et honnêtes que les tiennes; nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières.