Résumé
Commentaire composé semi-rédigé du chapitre 5 du premier livre des
Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand.
Extrait:
L'anecdote présentée s'ouvre sur un retour sur son passé, avec une description minutieuse du décor (on cite) qui marque une volonté d'établir cette anecdote dans la réalité (Authenticité du cadre historique : Ce sont les domestiques et non pas les parents qui surveillent les enfants, ce qui montre que Chateaubriand n'a pas complètement oublié son enfance) (...)
Sommaire:
Introduction
I) La prédestination héroïque
A. Avec Horiatus
B. Charles X
II) La prédestination malheureuse
Conclusion
Texte analysé:
J'allais avec Gesril à Saint-Servan, faubourg séparé de Saint-Malo par le
port marchand. Pour y arriver à basse mer, on franchit des courants d'eau
sur des ponts étroits de pierres plates, que recouvre la marée montante.
Les domestiques qui nous accompagnaient, étaient restés assez loin
derrière nous. Nous apercevons à l'extrémité d'un de ces ponts deux
mousses qui venaient à notre rencontre; Gesril me dit: "Laisserons-nous
passer ces gueux-là?" et aussitôt il leur crie: "A l'eau, canards!" Ceux-ci,
en qualité de mousses, n'entendant pas raillerie, avancent; Gesril recule;
nous nous plaçons au bout du pont, et saisissant des galets, nous les
jetons à la tête des mousses. Ils fondent sur nous, nous obligent à lâcher
pied, s'arment eux-mêmes de cailloux, et nous mènent battant jusqu'à
notre corps de réserve, c'est-à-dire jusqu'à nos domestiques. Je ne fus
pas comme Horatius frappé à l'oeil: une pierre m'atteignit si rudement
que mon oreille gauche, à moitié détachée, tombait sur mon épaule. Je ne
pensai point à mon mal, mais à mon retour. Quand mon ami rapportait de
ses courses un oeil poché, un habit déchiré, il était plaint, caressé, choyé,
rhabillé: en pareil cas, j'étais mis en pénitence. Le coup que j'avais reçu
était dangereux, mais jamais La France ne me put persuader de rentrer,
tant j'étais effrayé. Je m'allai cacher au second étage de la maison, chez
Gesril, qui m'entortilla la tête d'une serviette. Cette serviette le mit en
train: elle lui représenta une mitre; il me transforma en évêque, et me fit
chanter la grand'messe avec lui et ses soeurs jusqu'à l'heure du souper.
Le pontife fut alors obligé de descendre: le coeur me battait. Surpris de
ma figure débiffée et barbouillée de sang, mon père ne dit pas un mot;
ma mère poussa un cri; La France conta mon cas piteux, en m'excusant;
je n'en fus pas moins rabroué. On pansa mon oreille, et monsieur et
madame de Chateaubriand résolurent de me séparer de Gesril le plus tôt
possible. Je ne sais si ce ne fut point cette année que le comte d'Artois
vint à Saint-Malo: on lui donna le spectacle d'un combat naval. Du haut du
bastion de la poudrière, je vis le jeune prince dans la foule au bord de la
mer: dans son éclat et dans mon obscurité, que de destinées inconnues!
Ainsi, sauf erreur de mémoire, Saint-Malo n'aurait vu que deux rois de
France, Charles IX et Charles X. Voilà le tableau de ma première enfance.
J'ignore si la dure éducation que je reçus est bonne en principe, mais elle
fut adoptée de mes proches sans dessein et par une suite naturelle de leur
humeur. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle a rendu mes idées moins
semblables à celles des autres hommes; ce qu'il y a de plus sûr encore,
c'est qu'elle a imprimé à mes sentiments un caractère de mélancolie née
chez moi de l'habitude de souffrir à l'âge de la faiblesse, de
l'imprévoyance et de la joie.