Résumé
Commentaire composé semi-rédigé de l'extrait "Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives..." issu de l'oeuvre de Chateaubriand
Le vague des passions.
Extrait:
Il ne vivait que par l'imagination, dans ses songes ou ses "chimères", autrement dit des idées vaines, des illusions, des mirages intérieurs, voire des fantasmes érotiques, rien de réel (...)
Sommaire:
Introduction
I) Dire l'indicible
A. Dans les paragraphes précédents, René formulait lui-même le diagnostic sur son cas
B. Métaphores et symboles
II) L'homme incertain
A. Contradictions et inspirations
B. L'ailleurs de la poésie
Conclusion
Extrait analysé:
Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que
j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions
dans le vide d'un coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et
les eaux font entendre dans le silence d'un désert ; on en jouit, mais on
ne peut les peindre.
L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrai avec
ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de
ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes,
tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à
l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais
ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant
naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre
coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et
où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton
consacré aux soupirs.
Le jour je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts.
Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent
chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime
dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le
tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri
murmurait ! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent
attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui
volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les
climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un
secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un
voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : "Homme, la saison de
ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se
lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton coeur
demande."
"Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les
espaces d'une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage
enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni
frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon
coeur.