Résumé
Commentaire composé semi-rédigé de l'extrait
Car j'aimais tant l'aube tiré de "Sido" de Colette.
Extrait:
Elle définit le cadre spatio-temporel "trois heures et demis", "vers des terres maraîchères". D'ailleurs notons que la préposition "vers" indique qu'elle se déplace. Ainsi, tout au long du texte, Colette nous offre une grande précision de temps et de lieu (...)
Sommaire:
Introduction
I) Un extrait autobiographique dont la narratrice est le centre
A. Le moi au centre du souvenir
B. Le souvenir émanant d'une scène souvent répétée
II) L'évocation d'un bonheur privilégié II
A. La complicité mère/fille
B. La complicité nature/enfant
III) Un éveil sensoriel à travers la nature
A. Les sens en éveil : une initiation sensuelle
Conclusion
Texte analysé:
Car j'aimais tant l'aube, déjà, que ma mère me l'accordait en récompense.
J'obtenais qu'elle m'éveillât à trois heures et demis, et je m'en allais, un
panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient
dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles
barbues.
À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et
confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par
son poids baignait d'abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait,
atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout
le reste de mon corps... J'allais seule, ce pays mal pensant était sans
dangers. C'est sur ce chemin, c'est à cette heure que je prenais
conscience de mon prix, d'un état de grâce indicible et de ma connivence
avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale,
déformé par son éclosion...
Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée « Beauté, Joyau-touten-
or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son oeuvre, - «
chef-d'oeuvre », disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère et mes
portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause
de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la
verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de
ma supériorité d'enfant éveillé sur les autres enfants endormis.
Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d'avoir
mangé mon soûl, pas avant d'avoir, dans les bois, décrit un grand circuit
de chien qui chasse seul, et goûté l'eau de deux sources perdues, que je
révérais. L'une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline,
une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se
décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L'autre source,
presque invisible, froissait l'herbe comme un serpent, s'étalait secrète au
centre d'un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa
présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et
de tige de jacinthe... Rien qu'à parler d'elles je souhaite que leur saveur
m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte, avec
moi, cette gorgée imaginaire...