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Littérature

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Sartre, "Les Mots", "Le jardin d'enfants"

Littérature | 3.5 pages | 02-04-2008 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : Non noté

PRIX : 3.60€ |
Résumé

Commentaire composé semi-rédigé de l'extrait de l'oeuvre "Les Mots" de Jean-Paul Sartre, Le jardin d'enfants.


Extrait:

Imparfait d'habitude et dramatisation : "il y avait" : après midi au Jardin du Luxembourg qui résume toutes les habitudes de son enfance, une promenade synthétique (cela s'est produit plusieurs fois). Cet après midi échappe donc à l'anecdote. "Il y avait une autre vérité" exprime la brièveté, l'idée de malaise, il n'y a pas de modalisateur, pas de nuance, pas de prévention (...)

Sommaire:

Introduction

I) La comédie héroïque
II) La comédie maternelle
III) La rechute dans la comédie héroïque

Conclusion

Texte analysé:

Il y avait une autre vérité. Sur les terrasses du
Luxembourg, des enfants jouaient, je m'approchais
d'eux, ils me frôlaient sans me voir, je les regardais avec
des yeux de pauvre: comme ils étaient forts et rapides!
comme ils étaient beaux! Devant ces héros de chair et
d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse, mon
savoir universel, ma musculature athlétique, mon
adresse spadassine; je m'accotais à un arbre, j'attendais.
Sur un mot du chef de la bande, brutalement jeté: «
Avance, Pardaillan, c'est toi qui feras le prisonnier »,
j'aurais abandonné mes privilèges. Même un rôle muet
m'eût comblé; j'aurais accepté dans l'enthousiasme de
faire un blessé sur une civière, un mort. L'occasion ne
m'en fut pas donnée: j'avais rencontré mes vrais juges,
mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me
condamnait. Je n'en revenais pas de me découvrir par
eux: ni merveille ni méduse, un gringalet qui
n'intéressait personne. Ma mère cachait mal son
indignation: cette grande et belle femme s'arrangeait fort
bien de ma courte taille, elle n'y voyait rien que de
naturel: les Schweitzer sont grands et les Sartre petits, je
tenais de mon père, voilà tout. Elle aimait que je fusse, à
huit ans, resté portatif et d'un maniement aisé: mon
format réduit passait à ses yeux pour un premier âge
prolongé. Mais, voyant que nul ne m'invitait à jouer, elle
poussait l'amour jusqu'à deviner que je risquais de me
prendre pour un nain — ce que je ne suis pas tout à fait
— et d'en souffrir. Pour me sauver du désespoir elle
feignait l'impatience: « Qu'est-ce que tu attends, gros
benêt? Demande-leur s'ils veulent jouer avec toi. » Je
secouais la tête: j'aurais accepté les besognes les plus
basses» je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter.
Elle désignait des dames qui tricotaient sur des fauteuils
de fer: « Veux-tu que je parle à leurs mamans? » Je la
suppliais de n'en rien faire; elle prenait ma main, nous
repartions, nous allions d'arbre en arbre et de groupe en
groupe, toujours implorants, toujours exclus. Au
crépuscule, je retrouvais mon perchoir, les hauts lieux
où soufflait l'esprit, mes songes: je me vengeais de mes
déconvenues par six mots d'enfant et le massacre de
cent reîtres. N'importe: ça ne tournait pas rond.
Je fus sauvé par mon grand-père: il me jeta sans le
vouloir dans une imposture nouvelle qui changea ma
vie.


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