Résumé
Réflexion de 10000 mots environ sur la création de l'Etat d'Israël à travers trois aspects du judaïsme : les fondements bibliques, le juif en diaspora, et le juif en Israël.
Extrait:
Le rapport du judaïsme à l'étrangeté ne semble faire aucun doute : le juif, c'est l'étranger. Lors de sa conférence du 19 octobre 2005 à l'école HEC portant sur l'étranger dans la pensée juive, Jean-Christophe Attias a rappelé qu'être juif, c'est précisément être étranger car c'est appartenir à un peuple élu par Dieu pour se distinguer des autres peuples. Il montra alors que le projet sioniste n'est qu'une « tentative de normalisation », une volonté de devenir « comme les autres nations », en ayant une terre et une structure politique étatique. Cela signifie que la vocation du peuple juif est d'être différent, étranger aux autres peuples et que l'Etat d'Israël dans sa perspective sioniste se fonde sur le paradoxe de l'Election : Israël est la Terre Promise du Peuple Elu mais Israël est aussi la terre qui fait du peuple juif un peuple comme les autres.
En effet, pendant des siècles, les juifs ont vécu en diaspora, c'est-à-dire exilés de leur terre originelle. Leur étrangeté venait du fait qu'ils vivaient sur une terre étrangère. En tant que minorités, ils y subirent d'ailleurs de nombreuses persécutions. L'Etat d'Israël apparaîtrait comme un remède à cette étrangeté dans la mesure où il assurerait une sécurité et une protection, il constituerait une terre d'accueil pour le peuple juif qui y trouverait enfin refuge. Mais déjà, on remarque la pluralité conceptuelle du terme d'étrangeté : le juif est-il étranger par exclusion ou par séparation, intrinsèquement ou extrinsèquement ?
En fait, il convient de bien appréhender les diverses facettes de la représentation du juif pour mieux caractériser cette étrangeté. Pour les sionistes, cette représentation est celle d'un peuple – donc « Juifs » avec un « J » majuscule – et pas seulement celle d'une religion ou d'une communauté cultuelle et/ou spirituelle- donc « juifs » avec un « j » minuscule. Cette ambivalence du judaïsme met en évidence ses deux dimensions spécifiques tout à la fois distinctes et consubstantielles cultuelle/spirituelle et nationale/populaire. Etre juif, c'est appartenir à la religion juive mais c'est aussi faire partie d'un peuple, d'une nation ...