Résumé
Commentaire composé semi-rédigé de l'article
Guerre de Voltaire extrait du "Dictionnaire philosophique".
Extrait:
La composition même du récit – un émiettement de brefs paragraphes juxtaposés sans le moindre connecteur logique- reproduit cet engrenage qui, à partir d'une anecdote banale, aboutit à un déchaînement de violence « infernale » (...)
Sommaire:
Introduction
I) La fantaisie et l'ironie d'un conte philosophique
A. Les éléments obligés d'un conte
B. Le recours à l'ironie
II) Un réquisitoire au service du combat des Lumières
A. La condamnation de la guerre
B. Des gouvernants irresponsables
C. La responsabilité de l'Eglise
D. C'est l'homme, ce barbare, qu'il faut éduquer...
Conclusion
Article:
Voltaire, «Guerre», Dictionnaire philosophique, 1764.
Un généalogiste prouve à un prince qu'il descend en droite ligne d'un
comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou
quatre cents ans avec une maison dont la mémoire même ne subsiste
plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont
le dernier possesseur est mort d'apoplexie : le prince et son conseil
concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin.
Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau
protester qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'a nulle envie d'être gouvernée
par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur
consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du
prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand
nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre ; il les habille d'un gros drap
bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc,
les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.
Les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part,
chacun selon son pouvoir, et couvrent une petite étendue de pays de plus
de meurtriers mercenaires que Gengis Khan, Tamerlan, Bajazet n'en
traînèrent à leur suite.
Des peuples assez éloignés entendent dire qu'on va se battre, et qu'il y a
cinq à six sous par jour à gagner pour eux s'ils veulent être de la partie :
ils se divisent aussitôt en deux bandes comme des moissonneurs, et vont
vendre leurs services à quiconque veut les employer.
Ces multitudes s'acharnent les unes contre les autres, non seulement
sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il
s'agit.
Il se trouve à la fois cinq ou six puissances belligérantes, tantôt trois
contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se
détestant toutes également les unes les autres, s'unissant et s'attaquant
tour à tour ; toutes d'accord en seul point, celui de faire tout le mal
possible.
Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des
meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant
d'aller exterminer son prochain.