Résumé
Commentaire composé semi-rédigé du
Dialogue du chapon et de la poularde de Voltaire.
Extrait:
Sous la forme d'un dialogue, l'écrivain met en scène deux interlocuteurs polémistes qui lèvent le voile sur toutes les absurdités qui entourent le comportement des hommes entre eux, mais aussi avec les autres vivants avec qui ils partagent le globe (...)
Sommaire:
I) Introduction
II) Texte
III) Analyse
IV) Conclusion
Texte étudié:
LA POULARDE
Que la gourmandise a d'affreux préjugés ! J'entendais l'autre jour, dans
cette espèce de grange qui est près de notre poulailler, un homme qui
parlait seul devant d'autres hommes qui ne parlaient point ; il s'écriait que
« Dieu avait fait un pacte avec nous et avec ces autres animaux appelés
hommes ; que Dieu leur avait défendu de se nourrir de notre sang et de
notre chair ». Comment peuvent-ils ajouter à cette défense positive la
permission de dévorer nos membres bouillis ou rôtis ? Il est impossible,
quand ils nous ont coupé le cou, qu'il ne reste beaucoup de sang dans nos
veines ; ce sang se mêle nécessairement à notre chair; ils désobéissent
donc visiblement à Dieu en nous mangeant. De plus, n'est-ce pas un
sacrilège de tuer et de dévorer des gens avec qui Dieu a fait un pacte ? Ce
serait un étrange traité que celui dont la seule clause serait de nous livrer
à la mort. Ou notre créateur n'a point fait de pacte avec nous, ou c'est un
crime de nous tuer et de nous faire cuire, il n'y a pas de milieu.
LE CHAPON
Ce n'est pas la seule contradiction qui règne chez ces monstres, nos
éternels ennemis. Il y a longtemps qu'on leur reproche qu'ils ne sont
d'accord en rien. Ils ne font des lois que pour les violer et, ce qu'il y a de
pis, c'est qu'ils les violent en conscience. Ils ont inventé cent subterfuges,
cent sophismes pour justifier leurs transgressions. Ils ne se servent de la
pensée que pour autoriser leurs injustices, et n'emploient les paroles que
pour déguiser leurs pensées. Figure-toi que, dans le petit pays où nous
vivons, il est défendu de nous manger deux jours de la semaine : ils
trouvent bien moyen d'éluder la loi ; d'ailleurs cette loi, qui te parait
favorable, est très barbare ; elle ordonne que ces jours-là on mangera les
habitants des eaux : ils vont chercher des victimes au fond des mers et
des rivières. Ils dévorent des créatures dont une seule coûte souvent plus
de la valeur de cent chapons : ils appellent cela jeûner, se mortifier. Enfin
je ne crois pas qu'il soit possible d'imaginer une espèce plus ridicule à la
fois et plus abominable, plus extravagante et plus sanguinaire.