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Littérature

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Voltaire, "Zadig", Chapitre 7 : "Les disputes et les audiences"

Littérature | 3 pages | 31-03-2008 | Format : Document Adobe Acrobat PDF | Note : Non noté

PRIX : 3.60€ |
Résumé

Commentaire composé semi-rédigé du chapitre 7, "Les disputes et les audiences" de Zadig de Voltaire.

Extrait:

Zadig, contrairement à certains chefs d'états et ministres reste très modeste et n'est jamais jaloux des talents des artistes. Il a toutes les qualités du ministre philosophe. Il incarne ce que Voltaire considérait comme l'idéal en politique (...)

Sommaire:

Introduction

I) Zadig, ministre d'un monarque éclairé

A. Les tâches du premier vizir Zadig
B. Les dangers de la position de Zadig

II) La critique de la religion et l'idéal voltairien de tolérance

A. L'excès dans les conflits
B. Le peu d'importance des rites
C. La critique des hommes d'Eglise

Conclusion

Texte analysé:

Les disputes et les audiences.
C'est ainsi que Zadig montrait tous les jours la subtilité de son génie et la
bonté de son âme ; on l'admirait, et cependant on l'aimait. Il passait pour
le plus fortuné de tous les hommes, tout l'empire était rempli de son
nom ; toutes les femmes le lorgnaient ; tous les citoyens célébraient sa
justice ; les savants le regardaient comme leur oracle ; les prêtres même
avouaient qu'il en savait plus que le vieux archimage Yébor. On était bien
loin alors de lui faire des procès sur les griffons ; on ne croyait que ce qui
lui semblait croyable.
Il y avait une grande querelle dans Babylone qui durait depuis quinze
cents années, et qui partageait l'empire en deux sectes opiniâtres : l'une
prétendait qu'il ne fallait jamais entrer dans le temple de Mithra que du
pied gauche ; l'autre avait cette coutume en abomination, et n'entrait
jamais que du pied droit. On attendait le jour de la fête solennelle du feu
sacré pour savoir quelle secte serait favorisée par Zadig. L'univers avait
les yeux sur ses deux pieds, et toute la ville était en agitation et en
suspens. Zadig entra dans le temple en sautant à pieds joints, et il prouva
ensuite, par un discours éloquent, que le Dieu du ciel et de la terre, qui
n'a acception de personne, ne fait pas plus de cas de la jambe gauche que
de la jambe droite. L'Envieux et sa femme prétendirent que dans son
discours il n'y avait pas assez de figures, qu'il n'avait pas fait assez danser
les montagnes et les collines. Il est sec et sans génie, disaient-ils ; on ne
voit chez lui ni la mer s'enfuir, ni les étoiles tomber, ni le soleil se fondre
comme de la cire ; il n'a point le bon style oriental. Zadig se contentait
d'avoir le style de la raison. Tout le monde fut pour lui, non pas parcequ'il
était dans le bon chemin, non pas parcequ'il était raisonnable, non pas
parcequ'il était aimable, mais parcequ'il était premier vizir.
Il termina aussi heureusement le grand procès entre les mages blancs et
les mages noirs. Les blancs soutenaient que c'était une impiété de se
tourner, en priant Dieu, vers l'orient d'hiver ; les noirs assuraient que Dieu
avait en horreur les prières des hommes qui se tournaient vers le
couchant d'été. Zadig ordonna qu'on se tournât comme on voudrait.
Il trouva ainsi le secret d'expédier le matin les affaires particulières et les
générales : le reste du jour il s'occupait des embellissements de
Babylone : il faisait représenter des tragédies où l'on pleurait, et des
comédies où l'on riait ; ce qui était passé de mode depuis long-temps, et
ce qu'il fit renaître parcequ'il avait du goût. Il ne prétendait pas en savoir
plus que les artistes ; il les récompensait par des bienfaits et des
distinctions, et n'était point jaloux en secret de leurs talents. Le soir il
amusait beaucoup le roi, et surtout la reine. Le roi disait : Le grand
ministre ! la reine disait : L'aimable ministre ! et tous deux ajoutaient :
C'eût été grand dommage qu'il eût été pendu.
Jamais homme en place ne fut obligé de donner tant d'audiences aux
dames. La plupart venaient lui parler des affaires qu'elles n'avaient point,
pour en avoir une avec lui. La femme de l'Envieux s'y présenta des
premières ; elle lui jura par Mithra, par le Zenda-Vesta, et par le feu
sacré, qu'elle avait détesté la conduite de son mari ; elle lui confia ensuite
que ce mari était un jaloux, un brutal ; elle lui fit entendre que les dieux le
punissaient, en lui refusant les précieux effets de ce feu sacré par lequel
seul l'homme est semblable aux immortels : elle finit par laisser tomber sa
jarretière ; Zadig la ramassa avec sa politesse ordinaire ; mais il ne la
rattacha point au genou de la dame ; et cette petite faute, si c'en est une,
fut la cause des plus horribles infortunes. Zadig n'y pensa pas, et la
femme de l'Envieux y pensa beaucoup.
D'autres dames se présentaient tous les jours. Les annales secrètes de
Babylone prétendent qu'il succomba une fois, mais qu'il fut tout étonné de
jouir sans volupté, et d'embrasser son amante avec distraction. Celle à qui
il donna, sans presque s'en apercevoir, des marques de sa protection,
était une femme de chambre de la reine Astarté. Cette tendre
Babylonienne se disait à elle-même pour se consoler : Il faut que cet
homme-là ait prodigieusement d'affaires dans la tête, puisqu'il y songe
encore même en fesant l'amour. Il échappa à Zadig, dans les instants où
plusieurs personnes ne disent mot, et où d'autres ne prononcent que des
paroles sacrées, de s'écrier tout d'un coup. La reine ! La Babylonienne crut
qu'enfin il était revenu à lui dans un bon moment, et qu'il lui disait : Ma
reine. Mais Zadig, toujours très distrait, prononça le nom d'Astarté. La
dame, qui dans ces heureuses circonstances interprétait tout à son
avantage, s'imagina que cela voulait dire : Vous êtes plus belle que la
reine Astarté. Elle sortit du sérail de Zadig avec de très beaux présents.
Elle alla conter son aventure à l'Envieuse, qui était son amie intime ; celleci
fut cruellement piquée de la préférence. Il n'a pas daigné seulement,
dit-elle, me rattacher cette jarretière que voici, et dont je ne veux plus me
servir. Oh ! oh ! dit la fortunée à l'Envieuse, vous portez les mêmes
jarretières que la reine ! Vous les prenez donc chez la même faiseuse ?
L'Envieuse rêva profondément, ne répondit rien, et alla consulter son mari
l'Envieux.
Cependant Zadig s'apercevait qu'il avait toujours des distractions quand il
donnait des audiences, et quand il jugeait : il ne savait à quoi les
attribuer ; c'était là sa seule peine.
Il eut un songe : il lui semblait qu'il était couché d'abord sur des herbes
sèches, parmi lesquelles il y en avait quelques unes de piquantes qui
l'incommodaient ; et qu'ensuite il reposait mollement sur un lit de roses,
dont il sortait un serpent qui le blessait au coeur de sa langue acérée et
envenimée. Hélas ! disait-il, j'ai été long-temps couché sur ces herbes
sèches et piquantes, je suis maintenant sur le lit de roses ; mais quel sera
le serpent ? coups et de reproches. Il jugea, à la violence de l'Egyptien et
aux pardons réitérés que lui demandait la dame, que l'un était un jaloux,
et l'autre une infidèle ; mais quand il eut considéré cette femme, qui était
d'une beauté touchante, et qui même ressemblait un peu à la
malheureuse Astarté, il se sentit pénétré de compassion pour elle, et
d'horreur pour l'Égyptien. Secourez-moi, s'écria-t-elle à Zadig avec des
sanglots ; tirez-moi des mains du plus barbare des hommes, sauvez-moi
la vie ! A ces cris, Zadig courut se jeter entre elle et ce barbare. Il avait
quelque connaissance de la langue égyptienne. Il lui dit en cette langue :
Si vous avez quelque humanité, je vous conjure de respecter la beauté et
la faiblesse. Pouvez-vous outrager ainsi un chef-d'oeuvre de la nature, qui
est à vos pieds, et qui n'a pour sa défense que des larmes ? Ah ! ah ! lui
dit cet emporté, tu l'aimes donc aussi ! et c'est de toi qu'il faut que je me
venge. En disant ces paroles, il laisse la dame, qu'il tenait d'une main par
les cheveux, et, prenant sa lance, il veut en percer l'étranger. Celui-ci, qui
était de sang-froid, évita aisément le coup d'un furieux. Il se saisit de la
lance près du fer dont elle est armée. L'un veut la retirer, l'autre
l'arracher. Elle se brise entre leurs mains. L'Égyptien tire son épée ; Zadig
s'arme de la sienne. Ils s'attaquent l'un l'autre. Celui-là porte cent coups
précipités ; celui-ci les pare avec adresse. La dame, assise sur un gazon,
rajuste sa coiffure, et les regarde. L'Egyptien était plus robuste que son
adversaire, Zadig était plus adroit. Celui-ci se battait en homme dont la
tête conduisait le bras, et celui-là comme un emporté dont une colère
aveugle guidait les mouvements au hasard. Zadig passe à lui, et le
désarme ; et tandis que l'Egyptien, devenu plus furieux, veut se jeter sur
lui, il le saisit, le presse, le fait tomber en lui tenant l'épée sur la poitrine ;
il lui offre de lui donner la vie. L'Egyptien hors de lui tire son poignard ; il
en blesse Zadig dans le temps même que le vainqueur lui pardonnait.
Zadig indigné lui plonge son épée dans le sein. L'Egyptien jette un cri
horrible, et meurt en se débattant. Zadig alors s'avança vers la dame, et
lui dit d'une voix soumise : Il m'a forcé de le tuer : je vous ai vengée ;
vous êtes délivrée de l'homme le plus violent que j'aie jamais vu. Que
voulez-vous maintenant de moi, madame ? Que tu meures, scélérat, lui
répondit-elle ; que tu meures ! tu as tué mon amant ; je voudrais pouvoir
déchirer ton coeur. En vérité, madame, vous aviez là un étrange homme
pour amant, lui répondit Zadig ; il vous battait de toutes ses forces, et il
voulait m'arracher la vie parceque vous m'avez conjuré de vous secourir.
Je voudrais qu'il me battît encore, reprit la dame en poussant des cris. Je
le méritais bien, je lui avais donné de la jalousie. Plût au ciel qu'il me
battît, et que tu fusses à sa place ! Zadig, plus surpris et plus en colère
qu'il ne l'avait été de sa vie, lui dit : Madame, toute belle que vous êtes,
vous mériteriez que je vous battisse à mon tour, tant vous êtes
extravagante ; mais je n'en prendrai pas la peine. Là-dessus il remonta
sur son chameau, et avança vers le bourg. A peine avait-il fait quelques
pas qu'il se retourne au bruit que faisaient quatre courriers de Babylone.
Ils venaient à toute bride. L'un d'eux, en voyant cette femme, s'écria :
C'est elle-même ! elle ressemble au portrait qu'on nous en a fait. Ils ne
s'embarrassèrent pas du mort, et se saisirent incontinent de la dame. Elle
ne cessait de crier à Zadig : Secourez-moi encore une fois, étranger
généreux ! je vous demande pardon de m'être plainte de vous : secourezmoi,
et je suis à vous jusqu'au tombeau ! L'envie avait passé à Zadig de
se battre désormais pour elle. A d'autres, répond-il ; vous ne m'y
attraperez plus. D'ailleurs il était blessé, son sang coulait, il avait besoin
de secours ; et la vue des quatre Babyloniens, probablement envoyés par
le roi Moabdar, le remplissait d'inquiétude. Il s'avance en hâte vers le
village, n'imaginant pas pourquoi quatre courriers de Babylone venaient
prendre cette Egyptienne, mais encore plus étonné du caractère de cette
dame.


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