Résumé
Commentaire composé semi-rédigé du chapitre 6 de
L'Ingénu de Voltaire.
Extrait:
Ridiculisation et valeur péjorative de la loi Naturelle ; éloge de la loi Positive créée par des hommes de bien
Sommaire:
Introduction
I) La satire sociale et religieuse par l'affrontement de deux thèses : la loi Positive et la loi Naturelle
A. La rhétorique de l'abbé
B. Le raisonnement du Huron
II) La Parodie du roman sentimental
A. Héros vertueux confrontés à une société corrompue
B. Le comique
Conclusion
Texte:
L'Ingénu possédait une vertu mâle et intrépide, digne de son patron Hercule, dont on lui avait donné le nom à son baptême; il allait l'exercer dans toute son étendue, lorsqu'aux cris perçants de la demoiselle plus discrètement vertueuse accourut le sage abbé de Saint-Yves, avec sa gouvernante, un vieux domestique dévot, et un prêtre de la paroisse. Cette vue modéra le courage de l'assaillant. « Eh mon Dieu! mon cher voisin, lui dit l'abbé,
que faites-vous là? — Mon devoir, répliqua le jeune homme; je remplis mes promesses, qui sont sacrées. » Mademoiselle de Saint-Yves se rajusta en rougissant. On emmena l'Ingénu dans un autre appartement. L'abbé lui remontra l'énormité du procédé. L'Ingénu se défendit sur les privilèges de la loi naturelle, qu'il connaissait parfaitement. L'abbé voulut prouver que la loi positive devait avoir tout l'avantage, et que sans les conventions faites entre les hommes, la loi de la nature ne serait presque jamais qu'un brigandage naturel. « Il faut, lui disait-il, des notaires, des prêtres, des témoins, des contrats, des dispenses. » L'Ingénu lui répondit par la réflexion que les sauvages ont toujours faite : « Vous êtes donc bien malhonnêtes gens, puisqu'il faut entre vous tant de précautions.»
L'abbé eut de la peine à résoudre cette difficulté. « Il y a, dit-il, je l'avoue, beaucoup d'inconstants et de fripons parmi nous; et il y en aurait autant chez les Hurons s'ils étaient rassemblés dans une grande ville; mais aussi il y a des âmes sages, honnêtes, éclairées,
et ce sont ces hommes-là qui ont fait les lois. Plus on est homme de bien, plus on doit s'y soumettre : on donne l'exemple aux vicieux qui respectent un frein que la vertu s'est donné elle-même.» Cette réponse frappa l'Ingénu. On a déjà remarqué qu'il avait l'esprit juste. On l'adoucit par des paroles flatteuses; on lui donna des espérances : ce sont les deux pièges où les hommes des deux hémisphères se prennent ; on lui présenta même Mademoiselle de Saint-Yves, quand elle eut fait sa toilette. Tout se passa avec la plus grande bienséance; mais, malgré cette décence, les yeux étincelants de l'Ingénu Hercule firent toujours baisser ceux de sa maîtresse, et trembler la compagnie.