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Michel Leiris, "Le goût des larmes" tiré de l'oeuvre "L'Age d'Homme"

Littérature | 2.5 pages | 07-03-2008 | Format : Document Microsoft Word | Note : Non noté |

PRIX : 1.80€ |
Résumé

Commentaire composé sur l'extrait "le goût des larmes" de Michel Leiris, extrait de l'ouvrage autobiographique L'Age d'Homme. Ce commentaire a été réalisé dans le cadre d'un bac blanc de français.

Sommaire:

Introduction

I) Un témoignage sérieux
II) Le sens de la comédie : entre innocence et duplicité
III) Les enjeux du texte autobiographique

Conclusion

Texte analysé:

Il paraît que je fus un enfant docile et plutôt gai, mais je n'en ai gardé presque aucun souvenir et, sans le témoignage formel de ma mère et de ma sœur, je me refuserais aujourd'hui à y croire. De très bonne heure, je sais que j'eux le goût des larmes, joint à celui d'une certaine comédie. Il me serait à peu près impossible de dire à quels moments, même très jeune, j'étais vraiment naturel, à quels moments j'incarnais un personnage, non pas, en vérité, dans un but concerté d'hypocrisie (car, bien souvent, j'étais ma première dupe) mais par besoin instinctif de me grandir aux yeux des autres ou à mes propres yeux. Dans ma famille on considérait volontiers la sensibilité comme une vertu particulière aux membres de la maisonnée ; « de fines natures », des « sensitifs » pensait-on plus ou moins de mes frères et de moi. Aussi aimais-je m'abîmer dans les larmes ou encore m'adonner à des manèges propres à mettre en évidence cette sensibilité, tels que (ainsi que cela m'arriva une ou deux fois) me jeter exprès à bas de mon lit, d'une part pour qu'on vint tendrement m'y remettre, d'autre part pour être plaint de mon sommeil agité. Lorsque mon second frère – qui était réellement doué pour la musique – jouait au violon quelque longue sonate ou autre morceau le plus souvent classique, je me suggestionnais jusqu'à pleurer, afin de m'acquérir une réputation de précoce mélomane et parce que je trouvais dans ces pleurs une volupté positive. Vers le début de la guerre, ma sœur – qu'on avait expédiée à Biarritz avec moi – me trouva une nuit tout en larmes, la face enfouie dans l'oreiller ; elle n'eut aucun mal à m'en faire avouer la raison : mon amour, à moi qui n'avais gère plus de treize an, pour une femme qui avait dépassé la trentaine ; toutefois, dans ce cas particulier, je crois pouvoir affirmer que mon chagrin n'était pas entièrement simulé. En règle générale, chaque fois que j'avais convenablement sangloté, j'éprouvais un sentiment de calme, de détente, et je m'endormais baigné d'une espèce d'euphorie, comme si toutes les choses se trouvaient clarifiées et comme si (tant pis pour les grands mots) mes pleurs m'avaient régénéré.


Téléchargez dès à présent le document Michel Leiris : Le goût des larmes : L'Age d'Homme (commentaire) !


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