Résumé
Dissertation de 8000 mots (une quinzaine de pages environ) sur le Parti Socialiste (PS) et la construction européenne.
Extrait:
A l'approche du 29 mai, date à laquelle les Français seront consultés sur le traité établissant une constitution pour l'Europe, signé par les chef d'Etat et de gouvernements européens à l'été 2004, le Parti Socialiste – malgré la victoire du oui lors de la consultation interne du 1er décembre 2004 – continue d'être traversé par de fortes dissensions. Ainsi, le Sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon a-t-il participé récemment à des réunions publiques en faveur du non aux côtés de représentants de l'extrême gauche et du Parti Communiste Français. Henri Emmanuelli et Marc Dolez, député du Nord se sont aussi distingués par la virulence de leurs critiques. La vivacité des échanges a en effet de quoi surprendre, surtout lorsqu'on se rappelle qu'en 1992, le Parti Socialiste s'était prononcé pour le traité de Maastricht. Le débat a aussi surpris d'autres partis de centre-gauche, tels le SPD Allemand ou le PSOE Espagnol, qui n'ont pas connu de telles dissensions à propos du traité. De plus, le PS a historiquement toujours été favorable à la construction européenne, dès avant le SPD ou le Labour britannique par exemple.
Pourtant, certains membres du Parti Socialiste dénoncent aujourd'hui un projet d'essence libérale, qui remet en cause la notion de services publics, et favorise les dérives d'un libéralisme agressif en sacralisant l'économie de marché et la concurrence. Ils insistent également sur le fait que le PS s'est coupé de sa base électorale traditionnelle et a abandonné la défense des plus modestes, par exemple en soutenant une construction européenne qui fragilise ceux-ci.
On s'intéressera donc ici à ce rapport conflictuel du Parti Socialiste à la construction européenne. Celle-ci sera ici envisagée comme variable indépendante, selon une approche top-down. Comme le suggère Alistair Cole, l'européanisation, en tant que variable indépendante, est à prendre dans le sens d'une contrainte exogène imposant le changement, et peut apparaître comme un obstacle pour les partis réformistes de gauche comme le PS . A partir de cette remarque, on peut donc étudier comment le PS a réagi à cette contrainte, et par conséquent tenter de donner sens à ses réactions. Ainsi, comment expliquer au sein d'un même parti un si large éventail de prises de positions par rapport à l'Europe, de Jacques Delors aux courants Nouveau Monde ou Nouveau Parti Socialiste ? Les réponses sont multiples, elles sont avant tout à chercher dans l'histoire du parti, d'orientation sociale-démocrate dès le départ, tout en poursuivant des objectifs socialistes, mais aussi dans son organisation même, fondée sur la démocratie interne. De plus, le rapport du PS à l'Europe s'inscrit aussi dans le contexte politique français, qui favorise une compétition intensive entre partis aux dépens du consensus, et dans l'existence en France d'un espace politique de contestation de la construction européenne, tant à gauche qu'à droite.
Ainsi, le rapport à la construction européenne des membres du PS est-il en partie informé par une tradition de divisions en courants. Mais le rapport à l'Europe se définit aussi en fonction de l'identité du Parti Socialiste, dont on peut se demander s'il n'a pas tendance à idéaliser l'Europe. Enfin, à travers la question européenne, c'est bien l'avenir du Parti Socialiste qui se joue ...